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Accueil > Publications > Revue des études slaves > Sommaires et résumés > RES 92/2 (2021)

Résumés

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le

BERTAU Marie-Cécile

Lev Jakubinsky and the “Naturalness” of Dialogue

Jakubinsky’s text On Dialogical Speech (1923) marks the beginning of a discussion that addresses language and also thoughts and consciousness as dialogical phenomena (Bakhtin, Vološinov, Vygotsky). From a psycholinguistic perspective grounded in a dialogical notion of language and the self, we turn toward the category of “naturalness”, closely related to dialogue by Jakubinsky. As it is through the “living body” that this category is introduced in the text, the first step is to examine how the body is broached as issue, then, secondly, how naturalness is integrated. This examination, identifying the theme of “action-reaction” as the main one out of five themes, is briefly complemented by notions from Jakubinsky’s psychological sources. Spoken word and living body are inseparable and entangled in a dynamic articulating psychobiological and social aspects with each other. As a result, the (verbal) reaction is a responsive act that is socially and naturally oriented towards the Other.

Lev Jakubinskij et le « naturel » du dialogue

Le texte du linguiste Jakubinskij De la parole dialogale (1923) marque le début d’une discussion qui thématisera la langue ainsi que la pensée et la conscience comme phénomènes dialogiques (Baxtin, Vološinov, Vygotskij). Dans une perspective psycholinguistique fondée sur une conception dialogique de la langue et de l’individu, l’article s’intéresse à la catégorie du naturel que Jakubinskij relie au dialogue. Comme cette catégorie devient visible par le biais du « corps vivant », le texte s’intéresse pour commencer à la thématisation du corps , puis du naturel. Cet examen, identifiant cinq motifs dont le principal est celui de « l’action-réaction », est complété par une contextualisation des idées provenant des sources psycho­logiques de Jakubinskij. Parole et corps vivant sont indissociables et compris dans une dynamique articulant le psycho­biologique et le social. Ainsi, la réaction (verbale) est un acte responsif orienté socialement et naturellement vers l’Autre.


COMTET Roger

Lev Jakubinsky (1892-1945) and the History of the Language

The Russian linguist Lev Jakubinsky is well-known for his famous study On Dialogic speech of 1923 in which he proposes a new characterisation of speech through its functions, modalities and different genres. But Jakubinsky’s works also concern other fields of research. After a classical philological formation at the ante-revolutionary university he first collaborated with Opojaz, studying the sounds of poetry as a distinctive feature opposed to the practical language. He then took part in the linguistic building in the Soviet Union, writing various didactic papers for the new proletarian writers from an already sociolinguistic point of view. However, as soon as 1923, he starts writing paleontological texts in Marr’s spirit before returning to the old historico-comparative tradition around 1935, which led him to write his History of old Russian (only edited in 1953) ; it is a little known and slightly disconcerting work due to its superposition of various layers conveying Jakubinsky’s evolution in his own linguistic conceptions. The aim of this article is to identify and to analyse these different layers, relating them to Russian-Soviet linguistics.

Lev Jakubinskij (1892-1945) et l’histoire de la langue

Le linguiste Lev Jakubinskij est connu pour son texte novateur de 1923 Sur la parole dialogale qui envisageait la parole dans ses fonctions, ses modalités et ses différents genres, mais son œuvre ne se limite pas à ce texte. Formé à la philologie anté-révolutionnaire, Jakubinskij a collaboré à l’Opojaz en étudiant le matériau sonore de la poésie l’opposant au langage pratique. Ensuite, il participe à la construction linguistique en URSS avec des publications visant à former les nouveaux écrivains prolétariens selon une approche déjà sociolinguistique. Cependant, dès 1923, il sacrifie à la paléontologie marriste du langage pour revenir vers 1935 à la tradition historico-comparative, évolution que consacre l’Histoire du vieux russe, publiée seulement en 1953, œuvre méconnue, déroutante tant s’y superposent les strates des différentes étapes par lesquelles était passé le linguiste ; ce sont ces différentes couches, rapportées à la linguistique russe et soviétique, que cette publication voudrait identifier et analyser.


KRASILNIKOVA Tatiana, USPENSKIJ Pavel

Puns in Boris Pasternak’s The Second Birth

The article focuses on puns in Boris Pasternak’s collection The Second Birth (1932). Since the analysis of the language game was almost entirely replaced with the analysis of polysemy, puns have not become the subject of a special study. Within the framework of this approach, the ambiguities in the poems were interpreted as “Aesopian language” or the “author’s deafness”. According to the article, the cases of linguistic ambiguity in The Second Birth are the phenomena of poetical irony. Basing the analysis on phraseology as a fixed linguistic material, we show how the transformation of idioms creates puns. The article examines examples in which Pasternak playfully transforms fixed expressions or constructions taken from the Soviet discourse (the second section), as well as the language game that is not related to ideology (the third section). In the latter case, we are interested by the linguistic mechanisms of pun creation – from explicit semantization/ interpretation of idioms to subtle ambiguity arising from language associations. The puns throughout the collection reduce the degree of seriousness and form the ironic modality of the poems. The Second Birth thus balances not only between the simplicity and complexity of language, but also between the pathetic and ironic modalities.

Les calembours de Boris Pasternak dans le recueil Seconde naissance

L’article se focalise sur les calembours dans le recueil de Boris Pasternak Seconde naissance (1932), ces derniers n’ayant jamais fait l’objet d’une étude spéciale suite à la substitution de l’analyse du jeu de langue par celle de la polysémie. Dans le cadre de cette approche les ambiguïtés avaient été perçues comme « langue d’Esope » ou « surdité de l’auteur ». L’article démontre que les cas d’ambiguité linguistique relèvent de l’ironie poétique. Prenant appui sur la phraséologie en tant que matériau linguistique nous démontrons comment la transformation des expressions figées provoque des effets de calembour. L’article analyse les cas où Pasternak joue avec les exemples de la langue de bois du discours soviétique (chapitre 2) ainsi que ses jeux de langue sans rapport avec l’idéologie (chapitre 3). Dans le dernier cas nous nous penchons en particulier sur les mécanismes linguistiques de la création des calembours : de l’évidence de la sémantisation des idiomes jusqu’à la subtilité des ambiguïtés dûes aux associations langagières. Ainsi, le recueil avec ses calembours ironiques, perd de son sérieux et l’ensemble de Seconde naissance oscille entre la simplicité et la complexité du langage poétique tout en jouant avec deux registres : pathétique et ironique.


LE BOT Jean-Michel

Translations of Russian Literature into Breton

There are many publications about the translation of Russian literature into French. There is one about the translation of this same literature into Breton, but it is itself written in Breton and focuses on the specific problem of translating Russian realia into Breton. The article therefore proposes to fill this gap by making an inventory of translations of Russian literature into Breton, one of the so-called “regional or minority” languages spoken in France. It shows that translators known for their translations from Russian into French have also been interested in translating from Russian into Breton.

La traduction de la littérature russe en langue bretonne

Il existe de nombreuses publications au sujet de la traduction de la littérature russe en langue française. Il en existe une au sujet de la traduction de cette même littérature en langue bretonne, mais elle est elle-même écrite en breton et s’intéresse au problème spécifique de la traduction en breton des realia russes. L’article se propose donc de combler cette lacune en réalisant un inventaire des traductions de la littérature russe en breton, l’une des langues dites « régionales ou minoritaires » parlées en France. Il montre que des traducteurs reconnus pour leur traduction du russe en français se sont aussi intéressés à la traduction du russe en breton.


LOURIÉ Basil

Ivan Gagarin, S. J., Serge Serguéyeff, and their Pen Name J. de Sergy

The brochure by J. de Sergy, Quelques mots sur le schisme oriental, Paris, Librairie A. Franck, 1859, which criticizes the first and second French theological brochures by A. S. Khomiakov, is a pseudonymous work by the two co-authors, Ivan (Jean Xavier) Gagarin, S. J., and the Swiss physiologist of Russian origin Serge Serguéyeff. It is a continuation of Gagarin’s earlier article, in which he had criticized only the third French brochure by Khomiakov.

Ivan Gagarin, S. J., Serge Serguéyeff et leur nom de plume J. de Sergy

La brochure de J. de Sergy, Quelques mots sur le schisme oriental, Paris, Librairie A. Franck, 1859, qui critique la première et la deuxième brochures théologiques françaises de A. S. Xomjakov, est une œuvre pseudonyme d’Ivan (Jean Xavier) Gagarin, S. J. et d’un physiologiste suisse d’origine russe Serge Serguéyeff. Elle est une continuation de l’article de Gagarin contenant une critique de la troisième brochure française de Xomjakov.


POPOVA Irina

“We Will Name Here the Last Profound Monography about Rabelais…” (M. M. Bakhtin in Work Over the Manuscript “Francois Rabelais in the History Of Realism”)

The study of the manuscript by M.M. Bakhtin’s « Francois Rabelais in the History of Realism » (1938–1940) actualizes the issue of foreign scientific sources, that were hardly accessed and extremely limited in USSR.
The article deals with the circle of French Rabelaisistics of the 1930s used by Bakhtin. On the example of Georges Lote’s monograph la Vie et l’œuvre de François Rabelais (1938), the abstract of which is kept with copybooks of Rabelais manuscript, the study shows us how Bakhtin worked on sources during the preparation of the first edition of his book.
Archival documents of the Russian National Library are examined, the article highlights the procedure of foreign desiderates receipt in the late 1930s. On the basis of materials of the Department of Archival Documents of the Russian National Library and “Rossica” Foundation, the history and chronology of entering the library and processing of a copy of the monograph by G. Lote are traced. An assumption is made and justified, according to which Bakhtin read and outlined his text precisely on this copy.

« Citons ici la dernière monographie fondamentale concernant Rabelais… (Le travail de M. M. Baxtin sur le manuscrit de « François Rabelais dans l’histoire du réalisme »)

L’analyse du manuscrit de M. M. Baxtin, « François Rabelais dans l’histoire du réalisme » (fin 1938-1940) permet d’aborder la question de ses sources étrangères auxquelles l’accès était très restreint en URSS à l’époque. L’article établit quels sont les ouvrages français des années 1930 sur Rabelais que Baxtin a pu consulter. Sur l’exemple de la monographie de Georges Lote, la Vie et l’œuvre de François Rabelais (1938) que Baxtin a mis en fiches, l’étude reconstitue la manière dont il a utilisé ses sources lors de la rédaction de la première version du « Rabelais ». Sur la base de documents d’archives, l’article précise également comment l’ouvrage de Georges Lote a été acquis par la Bibliothèque nationale de Russie à la fin des années 1930 et pour quelles raisons il est vraisemblable que Baxtin ait eu en mains cet exemplaire.


POUSSON Guilhem

Tolstoy, Nekhlioudov and Henry George’s Single Tax

Along with his religious interrogations, Tolstoy began from the 1880s onward to take an interest in the social question. In 1885, his reading of the works of the economist Henry George, theorist of the single tax on land value, became the starting point of a reflection on property, work and progress, which resulted in a questioning of the scientific consensus of his time on the causes of poverty. This reflection is transposed in the novel Resurrection (1899), where the main character attempts to apply Henry George’s ideas to his exploitation. Through fiction, the author exposes the reasons for his “conversion”, questions his relationship with the “good society”, and names his ideological opponents. He also indicates the limits of his adherence to Georgism, with which he does not share a number of philosophical and religious presuppositions.

Tolstoj, Nexljudov et l’impôt unique de Henry George

Parallèlement à ses interrogations religieuses, Tolstoj s’intéresse à partir des années 1880 à la question sociale. En 1885, la lecture des ouvrages de l’économiste Henry George, théoricien de l’impôt unique sur la valeur foncière, devient pour le romancier le point de départ d’une réflexion sur la propriété, le travail et le progrès, qui aboutit à une remise en cause du consensus scientifique de son temps sur les causes de la pauvreté. Cette réflexion fait l’objet d’une transposition littéraire dans le roman Résurrection (1899), où le personnage principal tente d’appliquer les idées de Henry George dans son exploitation. À travers la fiction, l’auteur expose les motifs de sa « conversion », questionne son rapport à la « bonne société », désigne ses adversaires idéologiques. Il donne également à sentir les limites de son adhésion au géorgisme, dont il ne partage pas un certain nombre de présupposés philosophiques et religieux.


WAKOULENKO Serhii

Jan Baudouin de Courtenay : The Abstract and the Concrete of the Language

Ferdinand de Saussure is often presented as the author of the idea that language, in opposition to speech, is an abstraction. Instead, this exact formulation, albeit with some singularities, is to be found in Jan Baudouin de Courtenay. However, what the latter considered to be abstractions were ethnic or national languages, in contradistinction to individual languages – concrete phenomena possessing a psychic reality. Baudouin split the all too vague notion of language into those of linguistic community, linguistic space and language standard. This frame of reference explains his approach to the study of dialects, subsequently divided until a natural conclusion is reached when the individual language is reached too. His backing for artificial language projects was also part and parcel of this very line of reasoning. On the other hand, the emphasis he put on the individual language offered new and interesting opportunities for the study of linguistic creativity.

Jan Baudouin de Courtenay : l’abstrait et le concret de la langue

On attribue souvent à Ferdinand de Saussure l’idée que la langue, en tant qu’opposée à la parole soit une abstraction. Cependant, on trouve cette formulation exacte, quoiqu’avec des accents spécifiques, chez Jan Baudouin de Courtenay. Ce qui est une abstraction pour lui, ce sont les langues ethniques ou nationales, par opposition aux langues individuelles, concrètes et possédant une réalité psychique. Baudouin a scindé la notion trop vague de langue en celles de communauté linguistique, espace linguistique, norme linguistique. Cette perspective explique son approche de l’étude des dialectes dont la division successive trouve son terme naturel dans la langue individuelle. L’appui qu’il apportait aux projets de langues artificielles s’inscrivait dans cette même ligne de raisonnement. D’un autre côté, la valorisation de la langue individuelle offrait des ouvertures intéressantes pour l’étude de la créativité langagière.