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Accueil > Recherche > Archives des événements extérieurs 2014-2015

Séminaire du GDR Connaissance de l’Europe médiane
Guerre froide
Vendredi 30 janvier 2015, de 14 h à 18 h

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le

Justine Faure (Université de Strasbourg)

Depuis la chute du bloc soviétique, l’analyse de la Guerre froide a
connu deux évolutions majeures. D’une part, elle est devenue en Europe
médiane un objet d’étude pour les chercheurs, lesquels ont profité d’une
ouverture libérale des archives pour analyser les modalités de
fonctionnement des régimes communistes. D’autre part, dans les pays dits
occidentaux, où les sciences humaines et sociales se penchèrent sur la
Guerre froide pratiquement dès sa naissance, les travaux scientifiques
se sont progressivement dégagés des enjeux idéologiques liés au conflit.
Dans ce double contexte, nous nous proposons lors de cette séance de
séminaire de faire le point sur plusieurs recherches en cours en France,
toutes consacrées aux aspects socio-culturels du conflit, afin de nous
interroger sur le cadre opératoire qu’offre la Guerre froide pour
comprendre l’Europe de l’Est entre 1945 et 1989. Il s’agira notamment de
s’intéresser aux phénomènes de circulations par-delà le rideau de fer,
aux acteurs du conflit et à l’articulation entre la Guerre froide, ses
représentations et sa mémoire.

- Interventions

- Marie-Pierre Rey (Université Paris-1) et Christian Wenkel (Institut
historique allemand)
Historiographies de la Guerre froide

Les deux interventions seront complémentaires et se feront écho sur
plusieurs points. Marie-Pierre Rey introduira la séance en replaçant
l’historiographie de la Guerre froide dans sa longue durée, en
soulignant les inflexions qu’elle a connues depuis ses débuts. Sa
présentation reviendra sur les temps forts de cette historiographie en
insistant sur certains moments et objets particulièrement
importants(définition du concept, origines et causes, caractéristiques
majeures, disparition ou non de la guerre froide). Et alors que les
analyses historiographiques sont souvent centrées sur le point de vue
occidental, le point de vue soviéto-russe, souvent mal connu et négligé,
sera également pris en compte dans cette présentation. De son côté,
Christian Wenkel exposera les principaux courants de l’historiographie
allemande sur la Guerre froide, fortement liée à l’historiographie sur
la question allemande. Il évoquera ensuite le problème historiographique
que présentent les interdépendances entre Guerre froide et intégration
européenne et dans ce contexte, s’intéressera plus particulièrementaux
années 1980, décennie peu étudiée jusqu’à présent et où le caractère de
ce conflit semble changer définitivement. Enfin, il fera le point sur
les recherches faites à propos des années 1989-90.

- Ioana Popa (CNRS, Institut de Sciences sociales du politique)
Circulations intellectuelles transnationales en contexte non
démocratique : pratiques d’un acteur de la Guerre froideculturelle

Cette communication porte sur un acteur occidental de la Guerre froide
culturelle, la Fondation pour une entraide intellectuelle européenne,
qui a été un intermédiaire non-gouvernemental des circulations
littéraires, artistiques et scientifiques Est/Ouest. À partir de 1966,
ses programmes consistent d’une part, en l’envoi d’imprimés vers les
pays socialistes et en l’aide à la traduction en Occident d’œuvres
provenant de ces pays ; d’autre part, en l’octroi de bourses d’études à
des intellectuels est-européens et en l’organisation de colloques, avec
la participation de ces derniers. Ces activités visent à être un
contrepoids aux échanges menés dans un cadre intergouvernemental et /a
fortiori/, à travers les appareils des Partis communistes. Les
structures institutionnelles dont la fondation est issue, ses sources de
financement, ses modes opératoires, les propriétés sociales de ses
initiateurs permettent d’interroger les conditions ayant rendu possible
l’intermédiation d’une circulation transnationale des savoirs et des
hommes par-delà le rideau de fer. Ce cas d’étude témoigne également de
l’évolution et de la différenciation des stratégies de combat
anticommuniste sur le terrain culturel. Il montre enfin que les
circulations intellectuelles encouragées par la fondation n’ont été ni
symétriques, ni homogènes, selon les pays socialistes ciblés.

- Carmen Popescu (Université Paris-1)
Post-modernismes architecturaux
dans le bloc soviétique : ouvertures et jeux de faux-semblants

Dès la fin des années 1960, les architectes des pays du bloc soviétique
explorent de plus en plus d’autres pistes que celle du modernisme, dont
la réintroduction dans la pratique architecturale avait été pourtant
perçue comme une victoire incontestable contre l’ingérence du sévère
contrôle idéologique de leur champ. Même si ces nouvelles pistes –
brutalisme, structuralisme, organicisme, etc. – ne sont pas comprises
sur le moment comme des manifestations post-modernes (ainsi qu’elles
seront traitées plus tard), elles ouvriront la voie aux formules du
postmodernisme tel quel, avec son retour à l’histoire et à la tradition
qui s’opère à partir de la fin de la décennie suivante et surtout durant
les années 1980. Ensemble, toutes ces expressions architecturales
témoignent de la volonté de ces architectes d’être de leur temps :
trouver une solution à la crise décriée du modernisme, mais aussi d’être
synchrones avec le monde occidental. S’ils ont ainsi l’impression de
(re)trouver un espace de liberté d’expression, ils n’échappent pourtant
pas à une certaine instrumentalisation idéologique. Car dans tous les
pays du bloc, le régime apprend vite à tourner en sa faveur le langage
ambigu du postmodernisme.

- Ania Szczepanska (Université Paris-1)
Guerre froide : un concept
inopérant en histoire du cinéma ?

Cette intervention se propose d’interroger les divers usages
méthodologiques possibles de la notion de Guerre froide, forgée dans le
champ des relations internationales, en histoire du cinéma. A partir de
divers objets de recherche puisés dans la cinématographie polonaise de
la période socialiste, il s’agira de questionner le caractère opératoire
ou non de ce terme dans le champ cinématographique. N’ayant jamais
éprouvé la nécessité heuristique de recourir à cette notion dans le
cadre de mes travaux, mais ayant été amenée à plusieurs reprises à
aborder le cinéma polonais dans le cadre du conflit idéologique des
blocs Est-Ouest, je souhaiterais revenir sur l’apport éventuel que
pourrait avoir cette notion dans la compréhension d’une cinématographie
nationale au sein du bloc socialiste. La Guerre froide n’est-elle qu’une
construction rhétorique utilisée pour étudier les discours de la
politique culturelle du Parti à l’égard des milieux cinématographiques ?
Au delà des questions de représentation (figure de l’ennemi politique ou
idéologique) et de genres cinématographiques particuliers (science
fiction), la Guerre froide ne serait-elle finalement qu’une greffe
conceptuelle d’une vision post 89 construite à l’Ouest qui échouerait à
saisir la spécificité d’œuvres cinématographiques issus du bloc socialiste ?