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La « seconde oralité » et les médias russes

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le


Journée d’études internationale
Londres, 24 avril 2015

La journée d’études internationale « La "seconde oralité" et les médias russes », organisée par Dmitri Zakharine au King’s College de Londres le 24 avril 2015, s’est tenue dans la continuité de la journée d’études « Quand lire, c’est entendre : la "parole expressive" dans le contexte russe », coorganisée en octobre dernier par les Universités de Bourgogne et de Franche-Comté.

Elle a donc constitué une deuxième étape dans le développement du projet de recherche amorcé autour du phénomène de « parole expressive » (transposition de zvučaščee slovo, littéralement, « le mot sonore ») dans la culture russe, projet conçu dans une perspective ouvertement interdisciplinaire.
On entend par « seconde oralité » l’ensemble des manifestations ou usages de la voix intervenant culturellement après l’introduction et la codification de la culture écrite (c’est-à-dire, après la fin de l’« oralité première », caractéristique d’une culture purement orale). Cette journée a choisi pour objet les relations entre ce contexte culturel précis – et sémiotiquement marqué –, et les « médias de masse », fondés précisément sur l’usage et les effets de la voix. La rencontre s’est organisée autour des axes suivants : organisations de la communication orale dans les media ; détermination culturelle des voix ; compétences médiatiques, c’est-à-dire compréhension et réception des médias sonores dans un contexte donné.

L’exposé de Serguei Tchougounnikov (Université de Bourgogne, Dijon) « Images sonores (Lautbild, zvukovoj obraz)  : histoire et pragmatique d’un concept formaliste » a porté sur le rôle joué par ce concept dans la conception formaliste de l’expression et, en particulier, dans la théorisation formaliste du cinéma.

Jan Levtchenko (École supérieure d’économie, Moscou), dans sa communication « Les voix transcendantes de l’état dans le cinéma soviétique sonore des premières années » a analysé différents effets vocaux présents dans les films soviétiques des années 1930 démontrant par quels procédés la voix dominante de l’État s’empare de la personnalité des protagonistes en les obligeant à adapter leurs « moi » à cette voix aliénée.

La communication de Stephen Lovell (King’s College, Londres) « Quand la "seconde oralité" devient "première" : des relations de la radio soviétique avec le mot écrit » s’est concentrée sur l’origine et les causes des relations nombreuses entre l’oral et le texte écrit dans les émissions de radio soviétiques, sur une période allant des années 1920 aux années 1960.

Larissa Zakharova (EHESS, Paris) dans son intervention « Le téléphone en URSS fut-il un medium de l’oralité secondaire ? Quelques illustrations des films soviétiques des années 1920-1970 » a montré que la mise en scène du téléphone au cinéma est révélatrice de nombreux aspects socioculturels ainsi que de différentes étapes de la « seconde oralité » dans l’espace soviétique.

L’exposé d’Eugénie Zvonkine (Université Paris 8, ESTCA, France), « La parole publique dans les films de la période de « stagnation ») entendait montrer combien les voix filmiques dans la production soviétique de 1967 à 1979, voix parfois travaillées ou sciemment déformées pour l’occasion, ont contribué à mettre en scène les prises de parole officielles et publiques.

Dans sa communication « Les reines des émissions soviétiques ? La culture audio-visuelle et les communautés d’écoute », Dmitri Zakharine (King’s College, Londres) a comparé l’évolution du montage des voix féminines aigues dans les cinémas hollywoodien et soviétique des années 1930-1950, concluant que la montée de la voix jusqu’aux octaves émotionnelles ne correspondait pas aux stéréotypes établis de la femme soviétique et, par conséquent, était évitée dans les pratiques cinématographiques.
Ces communications ont été suivies de discussions animées, grâce à la participation de spécialistes britanniques des médias russes et soviétiques tels que le Prof. Julian Graffy (School of Slavonic & East European Studies, Londres), le Dr. Jeremy Hicks (Queen Mary, Unversity of London), le Dr. Alex Graham (School of Slavonic & East European Studies, Londres) et le Dr. Vlad Strukov (Univeristy of Leeds). Cette manifestation scientifique a constitué un second jalon scientifiquement très concluant dans le développement du projet autour de la « parole expressive » dans le contexte russe, projet qui évolue désormais dans une perspective internationale.

Jasmine Jacq,
Université de Franche-Comté

Serge Tchougounnikov,
Université de Bourgogne