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Accueil > Publications > Revue des études slaves > Sommaires et résumés > RES 87/1 (2016)

Résumés

par Astrid Mazabraud - publié le

BRAGINSKAJA Nina
Université d’État en sciences humaines, Moscou

Duality, Opposition, Parallelism and Binary Oppositions : The Mythological Roots of Olga Freidenberg’s Aesthetic Categories

The article focuses on the main theoretical ideas of Russian classicist Olga Freidenberg (1890-1955). Few of her works were published during her lifetime due to Stalinist persecutions and defamation, and because of her being associated with Marr, with whom she collaborated at an early stage of her career, her written heritage remained in oblivion until the 1970s. At that point, Russian semioticians took an interest in her and about a hundred of her posthumous works were published in different languages and about two hundred books, papers and dissertations devoted to her ideas and writings were printed.
Although the basic material of Freidenberg’s researches was classical, her work was a comparative one and dealt with the ancient Orient, ancient India, the European Middle Ages as well as with primitive cultures. They were not limited to literature, but also dealt with philosophy, art, religion and mythology. By analyzing and conceptualizing diverse and heterogeneous material, Freidenberg has created her own theory of cultural dynamics, creation and development of meaning and interchange of image and concept (‘semantology’). She anticipated in her writings many of the achievements of Western philosophy and specific sciences, Bakhtin’s theories, the ideas of Jung, Cassirer and Levi-Strauss, the cognitive methods of George Lakoff. The article is an attempt to summarize one of the lines of her theory associated with the concept of duality, opposition, parallelism and binary oppositions.

Binômes, opposition, répétition, contraste : les racines mythologiques des catégories esthétiques d’Ol′ga Frejdenberg

L’article est consacré aux travaux de la spécialiste de lettres classiques Ol′ga Frejdenberg (1890-1955). Persécutée et pratiquement pas publiée de son vivant, elle ne fut pas davantage reconnue après sa mort, en raison de sa collabo­ration avec Nikolaj Marr au début de sa carrière. Dans les années 1970, le milieu sémiotique russe s’intéressa à elle ; on republia ses travaux (une centaine) et on écrivit à son sujet (environ deux cents publications), en différentes langues.
La base de sa recherche était l’antiquité, mais son approche était comparatiste et concernait l’Orient ancien, l’Inde, le Moyen Âge euro­péen, l’antiquité la plus tardive. Ses travaux ne se limitaient pas à la littérature, faisaient appel à la philosophie, à l’art, à la religion, à la mytho­logie. Analysant et conceptualisant un matériau varié et hétérogène, Frejdenberg a créé une théorie originale de la dynamique culturelle, une « sémantologie », théorie de la naissance du sens, qui, par certains aspects, devance certains acquis de la philosophie occidentale et de savants précis, les conceptions de Baxtin, les idées de Jung et de Cassirer, de Lévi-Strauss, les recherches cognitivistes de George Lakoff. L’article expose de manière succincte un des axes de sa théorie, lié à l’idée de double, de parallélisme et d’oppositions binaires.


CAYE Pierre
Centre Jean Pépin CNRS-ENS

‘Cose antichissime, e nuove a’ moderni ani­mi’ : Alberti and Antiquity according to Vasilii Zubov

This study is about the connection between Alberti and Antiquity, its history and its archaeo­­logical and literary sources, as thematized by Vasily Zubov (1900-1963), a Russian scholar and well-known specialist of the humanist architectural theory, in his 1946 doctoral thesis : ‘Alberti’s architectural theory’. According to Alberti, in a way, Antiquity is both our future and our origin. To him, this does not mean making present ancient, nor modernizing the past, but expressing the analogy between phenomena from different times. Being able to recognise the new in the ancient and the ancient in the new is the most important characteristic of Alberti’s relationship with Antiquity.

“Cose antichissime, e nuove a’ moderni animi”  : Alberti et l’Antique selon Vasilij Zubov

Cette étude traite du rapport qu’Alberti entretient avec l’Antiquité, son histoire et ses sources à la fois archéologiques et littéraires, tel que Vasilij Zubov (1900-1963), le spécialiste russe bien connu de la théorie architecturale humaniste classique, l’a thématisé tout particulièrement dans sa thèse de 1946 : « La théorie architecturale d’Alberti  ». Pour Alberti, d’une cer­­taine façon, l’Antique est autant notre futur que notre origine. Il s’agit donc pour lui moins de rendre le présent archaïque ou au contraire de moderniser le passé, que de mettre en évidence l’analogie des phénomènes se rapportant à des époques différentes. Savoir reconnaître le nouveau dans l’ancien et l’ancien dans le nouveau, tel est le trait essentiel qui caractérise le rapport d’Alberti à l’Antiquité.


MAZUR Natalia
Université européenne de Saint-Pétersbourg

Alcibiades and his Image : Some Considerations on an Epigram by Evgeny Baratynsky

The importance of Classical Antiquity for European culture and education during the eighteenth and the nineteenth centuries is universally acknowledged. However, the particularities of the reception and pragmatics of this classical substrate require further investigation. In this case study of an epigram by Evgeny Baratynsky ‘Alcibiades’ (1836) we reconstruct some interpretative habits acquired through classical education. To an experienced reader this epigram presented itself as an ‘open structure’, a challenge and an intellectual quest. In order to succeed, one had to remember the biography of Alcibiades and its interpretations by the modern moralists, to discern the genres and the rhetorical figures and to have some iconographical skills. Such a deposit of intellectual skills and habits resulting from classical education enabled a reader to appreciate Baratynsky’s elegant concision in rendering one of the most popular antique characters and to enjoy possible projections of Alcibiades upon his contemporaries such as Lord Byron, or even upon himself.

Alcibiade et son image : à propos d’une épigramme d’Evgenij Baratynskij

Le rôle fondamental de l’Antiquité dans la culture et l’éducation européennes aux XVIIIe-XIXe siècles n’a pas besoin d’être démontré. Cependant, les particularités de la réception et de l’utilisation du substrat antique sont encore insuffisamment étudiées. Cette étude de l’épigramme d’Evgenij Baratynskij Alcibiade (1836) est une reconstruction d’habitudes intellectuelles d’un homme de “formation classique”. Le poème apparaît comme une « structure ouverte » qui invite le lecteur à un jeu intellectuel. Pour participer à ce jeu, il est nécessaire de connaître la biographie d’Alcibiade et les interprétations qui en ont été données par les moralistes de l’époque moderne, de maîtriser les codes des genres et des figures rhétoriques et de savoir déchiffrer des représentations icono­graphiques. Ces compétences faisaient partie du bagage culturel ordinaire de l’homme formé dans la
tradition classique : capable d’apprécier la concision de la description de l’un des caractères les plus connus de l’Antiquité, il pouvait, en même temps, reconnaître en Alcibiade ses contemporains (par exemple, lord Byron) ou bien lui-même.


MEDVEDKOVA Olga
Centre Jean Pépin CNRS-ENS

André Grabar and the Continuity Between Antique, Byzantine and Ancient Russian Arts in Russian Historiography

This paper deals with a lesser known aspect of the work of André Grabar, the great French Byzantinist of Russian origin. That is, the genesis of one of his main theories, the continuity between antique, Byzantine and ancient Russian arts. According to us, this idea has its roots in the teaching Andre Grabar received from Nikodim Kondakov, himself the heir of Fedor Buslaev. It is within the works of the latter, never translated into any European language, that we find the root of one of Grabar’s most profound intuitions : the Byzantine iconography would choose and preserve from the body of the Greco-Roman figurative culture its idiomatic characteristics, as a technical language deriving from the artes memoriae.

André Grabar et la filiation entre l’art antique, l’art byzantin et russe ancien dans l’historiographie russe

Cet article évoque un aspect méconnu de l’œuvre du grand byzantiniste français d’origine russe André Grabar. Il s’agit de la genèse de l’une de ses idées principales, celle qui consiste à affirmer la continuité entre l’art antique et l’art byzantin et russe ancien. Selon nous, cette idée prend naissance dans l’enseignement qu’André Grabar a reçu de Nikodim Kondakov, lui-même héritier de Fedor Buslaev. C’est dans les ouvrages de ce dernier, jamais traduits en aucune langue occidentale, que nous trouvons la racine de l’une des intuitions grabariennes les plus profondes, selon laquelle, à l’intérieur du patrimoine figuratif gréco-romain, l’iconographie byzantine choisissait et retenait les caractéristiques d’un langage technique, issu de l’ensemble des artes memoriae.


PODZEMSKAIA Nadia
Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL) CNRS-EHESS

Alexander Gabrichevsky’s Scholarly Career and his Aesthetics of the Vase

The work of Alexander Gabrichevsky (1891-1968) at the Moscow Museum of Fine Arts in 1918-1922 appears to have been a brief episode, almost an interlude, in the scholarly ca­reer of an intellectual who was primarily known for his studies of Italian Renaissance art and, in particular, architecture. Yet the works on Greek vases that he wrote at the time were part of a major theoretical project that aimed to renew the methods of art history.
According to Gabrichevsky, the latter had been fossilized by the principles of the formal German school. Reassessing the fundamental notions of art theory, Gabrichevsky tried to bring out their philosophical value and use them to reexamine art history from the standpoint of space and time. Since ancient art and, in particular, Greek ceramics had not been treated by the formalists (Wölfflin, Hildebrand), they were particularly well suited, in Gabrichevsky’s opinion, for his theoretical ambitions. On the basis of observations of the curved surface of the vase, he came up with a new description of the art surface, undoubtedly replying to the discussion launched by the Constructivists who were adepts of faktura. At the same time, he developed an anthropological approach to the vase as a plastic organism whose functions derive from its gestures.

Le parcours scientifique d’Aleksandr Gabri­čevskij et son Esthétique du vase

Le travail d’Aleksandr Gabričevskij (1891-1968) au Musée des beaux-arts de Moscou en 1918-1922 semble avoir été un bref épisode, presqu’une parenthèse dans le destin scientifique de cet intellectuel connu surtout pour ses études sur la Renaissance italienne, notamment sur l’architecture. Or ses écrits sur les vases grecs rédigés à l’époque font partie d’un grand projet théorique visant à renouveler les méthodes d’une histoire de l’art sclérosée, selon lui, par les principes de l’école formelle allemande.
Reconsidérant les notions fondamentales de la théorie artistique, Gabričevskij essaie de dégager leur valeur philo­sophique et de réexaminer avec leur aide l’histoire de l’art eu égard à l’espace et au temps. L’art ancien, et notamment la céramique grecque, n’ayant pas été touché par les formalistes (Wölfflin, Hildebrand) lui semble correspondre le mieux à ses ambitions théoriques. À partir d’observations sur la surface courbe du vase, il arrive à une nouvelle caractérisation de la surface artistique, devant sans doute répondre à une discussion lancée par les constructivistes adeptes de la faktura ; d’autre part, il murit une réflexion anthropologique sur le vase comme un organisme plastique, dont les fonctions relèvent de ses gestes.


ZAGJANSKAJA Galina
Institut Boris ščukin – Théâtre académique national Evgenij Vaxtangov, Moscou

Vladimir Favorsky, his Views on Classical Antiquity Traditions and his Theory of Greek relief : Towards a Story of the Formal Method in Russia

The article is an analysis of Favorsky’s active views on classical antiquity traditions. Vladimir Favorsky (1886-1964) was a Russian painter, theorist and head of the famous Vkhutemas in its best years (1923-1926). The concept of the Greek relief, formulated by Favorsky, helped analyze the artistic space and find new ways of solving artistical problems. Favorsky continued and developed the ideas of Adolf von Hilderbrand, one of the founders of the formal method in Europe, by translating his book The Problem of Form in Visual Arts. In the Vkhutemas, Favorsky’s lectures on ‘Theory of Composition’ cultivated a new attitude towards form, which naturally connected with his outlook on the world. The conception of the composition of space, the artist’s search for their unique relief, the correlation between composition and construction were all formed in the heated discussions of the 1920’s. These ideas were categorically rejected by the official art spokesmen of Socialist Realism, who conducted a campaign of persecution against formalism. They made it impossible to prepare a manuscript for print in Favorsky’s lifetime. The theory also included moral categories : Good and Evil. The publication of his unfinished work only happened during the Perestroika period. 

L’interprétation du relief grec par Vladimir Favorskij et sa théorie de la forme artistique  : éléments pour l’histoire de la méthode formelle en Russie

L’article est consacré à l’analyse des idées de Favorskij concernant les traditions de l’antiquité classique. Vladimir Favorskij (1886-1964) était un dessinateur, graveur et théoricien russe, recteur des célèbres Vxutemas pendant ses meilleures années (1923-1926). Sa nouvelle interprétation du relief grec a rendu possible une analyse de l’espace artistique et a ouvert de nouvelles voies pour la création artistique. Favorskij a repris et développé les idées d’Adolf von Hildebrand, l’un des fondateurs de la méthode formelle en Europe, en traduisant en russe son livre le Problème de la forme dans les arts plastiques. Dans le cadre de son cours sur la « Théorie de la composition » aux Vxutemas, Favorskij a élaboré une nouvelle approche de la forme qui reflète ses idées d’ordre général, notamment sur la morale. Sa conception de la composition spatiale, ses idées sur la corrélation entre la composition et la construction se sont formées dans le contexte des discussions acharnées des années 1920. Elles ont été rejetées par les idéologues du réalisme socialiste qui ont mené une campagne de persécution contre le formalisme. Ils ont empêché la parution des écrits théoriques de Favorskij de son vivant. Ses conceptions incluaient également les catégories morales du Bien et du Mal. Ce n’est qu’à la perestroïka que purent être publiés certains travaux inachevés de Favorskij.