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Accueil > Publications > Revue des études slaves > Sommaires et résumés > RES 87/2 (2016)

Résumés

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le

BOISSERIE Étienne
Inalco – CREE

‘In these difficult times…’ When the Slovaks Enter the Society of Sacrifice and Frugality

In Austria-Hungary, the outbreak of war in August 1914 immediately caused transformations that are studied here mainly through the messages that were delivered to the population, either directly, via the civil administration or indirectly, through local or regional newspapers which abundantly pass on the calls to unity and sacrifice. From the very first days of the war, a coherent system of mobilization falls into place. This can be seen in the Slovak case successively through the atmosphere contemporary to the mobilization and the call to loyalty, but also through the repetition of the call to sacrifice and frugality and, lastly, through the health question and, broadly, one of the most important means of mobilization, that is to say the involvement of women in the care of wounded soldiers.

“En ces temps difficiles... ” L’entrée des Slovaques dans la société du sacrifice et de la frugalité

L’entrée en guerre de l’Autriche-Hongrie en août 1914 provoque immédiatement des transformations, étudiées ici principalement par l’intermédiaire des messages délivrés à la popu­lation, soit directement par les autorités, soit par l’intermédiaire d’une presse régionale ou locale qui relaie abondamment les incitations à l’unité et au sacrifice de tous et de chacun. Dès les premiers jours de la guerre se met ainsi en place un système cohérent de mobilisation de la société. Nous l’observons ici sur l’exemple des Slovaques successivement par le biais de l’atmosphère immédiatement contemporaine à la mobilisation militaire et de l’affirmation vigoureuse de la loyauté, mais aussi par la redondance du message sur le sacrifice et la frugalité et, enfin, au travers de l’importance accordées aux questions sanitaires, et notamment à l’un des éléments les plus importants de mobilisation unitaire, la large participation féminine aux soins du soldat blessé.


BORODKIN Leonid
MGU – Moscou

The Evolution of the Living Standards of the Russian Workers During the First World War : New Approaches and Assessments

The article presents some of the current approaches to the question of the workers’ standard of living in Russia during World War I. Mechanisms to guarantee workers a decent standard of living in this period can be revealed through legislative regulation, statistical data and archival materials, widely used here. These mechanisms included both compensation indexed to the basic wages (which increased inequality of total wages) and additional payments identical for all workers in the factory (which had the opposite equality effect). The analysis of data on rates of inflation and the increase in nominal wages nevertheless shows that efforts of entrepreneurs to increase nominal wages could not offset the growth in inflation, a situation that worsens from the beginning of 1917.

Évolution du niveau de vie des ouvriers de Russie pendant la Première Guerre mon­diale : nouvelles approches et appréciations

L’article présente quelques-unes des façons actuelles d’aborder la question du niveau de vie des ouvriers de Russie pendant la Première Guerre mondiale. Les mécanismes permettant de garantir aux ouvriers un niveau de vie acceptable à cette période, peuvent être mis en évidence, grâce à des données statistiques et des matériaux d’archives, abondamment utilisés ici. Ces mécanismes comprenaient aussi bien des indemnités indexées sur le salaire principal (ce qui augmentait les inégalités de la rémunération du travail) que des indemnités identiques pour tous les ouvriers de l’usine (ce qui avait l’effet inverse). L’analyse des données concernant les rythmes de l’inflation et l’augmentation du salaire nominal montre néanmoins que les efforts des chefs d’entreprise pour augmenter le salaire nominal ne pouvaient compenser la croissance de l’inflation, une situation qui s’aggrave à partir de 1917.


HOFMEISTER Alexis
Université de Bâle

A War of Letters – What do we read in Soldiers’ Letters of Russian Jews from the Great War ?

The letters written during the Great War by Jewish soldiers from the Russian empire have often been read as individual accounts of a particular Jewish war experience. However, they were part of an ongoing debate within the Jewish community as well as in the wider Russian and European public sphere about social issues in wartime. Therefore, these letters should be understood rather as a source for the history of these debates. To me it seems as if the letters of Jewish soldiers were much more influenced by nationwide Russian public debates in times of war than by a particular Jewish perspective on the war. Nevertheless, the historicisation of the narrative of the Jewish soldier fighting his lonesome struggle for recognition provides us with new insights into the war experience of Russia’s Jewish population. The letters of Samuil Efimovich Sistrin (1880-1914) are discussed as a case study.

Une guerre de lettres. Que disent les lettres de soldats juifs de Russie écrites pendant la Grande Guerre ?

Les lettres de soldats juifs de l’Empire russe écrites pendant la Grande Guerre ont souvent été interprétées au prisme d’une expérience de la guerre spécifiquement juive. Cependant elles étaient parties intégrante d’un débat parcourant la communauté juive, la sphère publique de l’Empire russe et plus largement de l’Europe à propos des questions de société en temps de guerre. De fait, ces lettres doivent être interprétées en tenant compte de cette dimension. Il me semble, pour ma part, que les lettres de soldats juifs étaient bien plus influencées par les débats publics concernant la Russie en temps de guerre que par une perspective juive particulière sur la guerre. Quoi qu’il en soit, l’historicisation des récits de soldats juifs concernant leur lutte solitaire pour leur reconnaissance nous livre de nouveaux éclairages sur l’expérience de la guerre de la population juive de Russie. Comme étude de cas sont examinées les lettres de Samuil Efimovič Sistrin (1880-1914).


JURGENSON Luba
Université Paris-Sorbonne – Eur’Orbem

The Body as an Issue of Modernity and the Experience of the First World War
In the outbreak of the First World War, Russian artists, writers and thinkers had already been addressing the challenges of modernity in a manifold way for several years. ‘Conservative’ and ‘revolutionary’ discourses alike focused on the inception of new artistic and literary languages, the spreading of new technical means, and the disappearance of the ‘humanist civilization’ if not of the human itself. How did this eschatological imaginary cope with the actual violence of war ? Did the Great War bring in Russia as radical a break with the past as in other countries ? Did a ‘war culture’ develop in Russia, and if so, how did it interact with those known by their allies and foes (France, Italy and Germany) ?

Le corps comme enjeu de la modernité et l’expérience de la Première Guerre mondiale

Au moment où éclate la Première Guerre mondiale, les artistes, les écrivains et les penseurs russes se trouvent déjà engagés, depuis plusieurs années, dans une réflexion multiforme sur la modernité : l’avènement de nouveaux langages artistiques et littéraires, le déploiement de nouveaux moyens techniques, la disparition de la « civilisation humaniste » voire de l’humain sont au centre de discours «  conservateurs » ou « révolutionnaires ». Comment cet imaginaire eschatologique reçoit-il la violence du réel ? La Première Guerre mondiale constitue-t-elle un point de rupture aussi radical en Russie qu’ailleurs ? Existe-t-il une «  culture de guerre » en Russie et si oui, comment dialogue-t-elle avec celles de ses alliés ou de ses ennemis (notamment la France, l’Italie et l’Allemagne)  ?


LAVROV Aleksandr
Université Paris-Sorbonne – Eur’Orbem

The Prisoners of War from the Central Powers’ Countries in Imperial Russia : A Review of Russian Historiography

The lot of the Prisoners of War (POWs) in World War I is the topic of a large number of recent studies, including those that were published before the centenary of the beginning of the war. This article presents an overview of Russian studies of the history of German, Austro-Hungarian and Ottoman prisoners of war captured by the Russian imperial army between 1914 and 1917. The Russian scholars found an important administrative correspondence that enables us to reconstruct the views of civil and military authorities concerning the treatment of prisoners. Two problems have been studied in particular : the exploitation of prisoners, including their work for the war industry, and countries’ recruitment of POWs as their own combatants, including the famous Czechoslovak Legion. Similar phenomena are not unknown for Russia’s allies, France and Great Britain, but they are more typical of the Central Powers. It is important to know whether the Russian authorities were pioneers in this case or just followed the logics of their allies (or enemies). Hardly compatible with Hague rules, these methods demonstrate that military and economic pressure could make the states abolish the rules they followed before the war.

Les prisonniers de guerre des Puissances centrales dans l’Empire russe : bilan de la recherche en Russie

Le traitement des prisonniers de guerre est un sujet qui a suscité de nombreux travaux ces dernières années, bien avant la célébration du centenaire de la Grande Guerre. L’article dresse un bilan historiographique des études consacrées au sort des prisonniers des armées allemande, austro-hongroise et ottomane retenus captifs sur le territoire de la Russie. Les chercheurs russes ont découvert, entre autres, une importante correspondance bureaucratique, présentant les points de vue des autorités civiles et militaires russes sur ce sujet. Deux aspects du problème ont été tout particulièrement étudiés : celui de l’exploitation économique des prisonniers, y compris pour les besoins de l’industrie de guerre, et celui de leur recrutement pour des formations nationales, y compris pour la future Légion tchécoslovaque. Semblables phénomènes n’étaient pas inconnus des alliés de la Russie, la France et la Grande-Bretagne, mais ils étaient plus caractéristiques des Puissances centrales. Un point important est de savoir si les autorités russes étaient pionnières en la matière ou si elles suivaient la logique de leurs alliés (ou de leurs ennemis). Peu compatibles avec le droit international en vigueur, ces façons de procéder montrent comment la contrainte économique et militaire pouvait remettre en cause des principes, qui, encore avant la guerre, semblaient établis et reconnus.


MATKOVIĆ Stjepan, Institut d’histoire croate
MILOŠ Edi, Université de Split

Croatia or the Promised Land of Bosnia-Herzegovina Children, 1917-1919

During World War I a large-scale humanitarian action was organized for the sake of children threatened by starvation in the poor areas of the Austro-Hungarian Monarchy (Bosnia-Herzegovina, Dalmatia and Istria). In Bosnia-Herzegovina, whose borders had been the theatre of military operations against Serbia and Montenegro at the beginning of the war, this action was led in accordance with the Territorial government and organized by humanitarian agencies from Croatia that were traditionally involved in child-care and protection, as well as by the Central Committee for the Defence of Families mobilized in the War and of Soldiers who died in combat. Due to supply problems, the transfer of children was privately organized. The authorities did not have any influence on the choice of the displaced children, some of whom had lost their fathers on the battlefield. As they were Catholic, Orthodox and Muslim, the representatives of all three confessional communities were requested to agree. The young survivors were settled in fertile regions of Slavonia. At the end, the author presents some statistics and considerations about the process of returning children to their parents.

La Croatie ou la terre promise des enfants de Bosnie-Herzégovine 1917-1919

Durant la Première Guerre mondiale a été organisée une action humanitaire d’envergure pour sauver les enfants menacés de famine dans les régions pauvres de la Monarchie austro-hongroise (Bosnie-Herzégovine, Dalmatie et Istrie). En Bosnie-Herzégovine, dont les bordures ont été, au début de la guerre, le théâtre d’opérations militaires contre la Serbie et le Monténégro, cette action a été menée avec l’accord du gouvernement territorial et organisée par des associations humanitaires de Croatie qui s’occupaient traditionnellement de la défense des enfants, ainsi que par le Comité central pour la défense des familles mobilisées par la guerre et des soldats morts au combat.
À cause des problèmes d’approvisionnement, le déplacement des enfants s’est fait de façon privée. Les autorités n’ont pas eu d’influence sur le choix des enfants déplacés, dont certains avaient perdu leur père sur le champ de bataille. Parmi eux on trouvait des catholiques, des orthodoxes et des musulmans, si bien qu’a dû être obtenu l’accord des représentants des trois communautés confessionnelles. Les petits rescapés ont été placés dans les régions fertiles de Slavonie. À la fin, les A. donnent un aperçu statistique et un regard sur le processus de retour des enfants chez leurs parents.