Nos tutelles

CNRS

Rechercher




Accueil > Recherche > Archives Orbem 2017

Le proscrit, le banni, l’émigré
Les représentations littéraires et artistiques sous les régimes nazi et soviétique
Paris, 31 mars-1er avril 2017

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le

Le proscrit, le banni, l'émigré <br> Les représentations littéraires et artistiques sous les régimes nazi et soviétique <br> Paris, 31 mars-1er avril 2017

Colloque international

- Programme

- Renseignements & Inscriptions
Aurélie Rouget-Garma
Tél : 01 43 18 41 93
aurélie.rouget-garma@paris-sorbonne.fr

- Argumentaire Fr.

- Argumentaire Ang.

Comité d’organisation : Luba Jurgenson, Atinati Mamatsashvili

Le colloque se donne pour objectif d’interroger le regard des écrivains porté sur la figure et la représentation du proscrit, du banni, de l’émigré, à travers l’imaginaire littéraire en Europe centrale, orientale et occidentale pendant les régimes nazi et soviétique. Une réflexion sera également proposée sur les représentations visuelles (peinture, cinéma, affiches) où l’Autre est stigmatisé, bafoué, appelé à l’anéantissement.
Le totalitarisme, ou autrement dit l’expérience totalitaire, selon Hannah Arendt, « a manifestement pulvérisé nos catégories morales, ainsi que nos critères de jugements moraux » (Arendt 1990). Fondés sur la vision unilatérale et homogène qui n’admet aucune autre idée, aucune alternative, les régimes nazi et soviétique se sont attachés au principe de l’exclusion où l’Autre, stigmatisé comme catégorie séparée, quel que soit le « fondement » de son altérité, raciale ou de classe, qui devait être soit rééduqué et transformé en homme nouveau, soit éliminé (cette rééducation étant d’emblée impossible pour certains groupes ethniques ou sociaux). Pour ce qui est de l’ordre constitué, il devait être dépourvu de toute ambivalence. Comme le remarquent Baberowski et Doering-Manteuffel à propos du stalinisme, ce dernier était « an attempt to establish an order devoid of ambivalence and uncertainty. In this manner, it was similar to the racial purity utopia of the National Socialists » (Geyer & Fitzpatrick 2009). Cette société totalitaire « ne doit avoir rien au-dehors d’elle-même », ou « à l’intérieur d’elle-même qui puisse indiquer une autre forme, donner figure à une alternative » (Lefort 1986). La formation de cette « nouvelle catégorie de population » (Rouvillois 2014), où l’être humain n’est pensé qu’en fonction de l’uniformité et de la collectivité, regroupe la présence des Autres (tels l’artiste ou l’écrivain qui ne partagent pas la « vision du monde » prônée, l’intellectuel, le Juif, l’homosexuel…) sous l’appellation de l’« ennemi du peuple » ou comme le nomme Lydia Tchoukovskaïa, celle de l’« étranger » [чуждый] (Tchoukovskaia 1980) – extérieur au nouvel espace organisé ou à organiser. Cette catégorie de l’altérité se constitue en l’« homme en trop » (Javakhishvili 1929) qui n’a pas sa place dans l’espace et la réalité nazie ou soviétique.
La constitution de la Weltanschauung, la « vision du monde » nazie implique la construction du monde « selon la vision, l’image du créateur de formes » (Nancy 2016) qui est dans le nazisme – l’Aryen. Pour que ce monde soit réalisé, il faut éliminer le « non-type par excellence » (Nancy 2016), le Juif. Autrement dit, le but suprême n’est pas la conquête des territoires mais la germanisation, l’aryanisation de l’espace soumis, un projet dans lequel le Juif s’inscrit uniquement comme de la « matière première » (Anders 1980) constituée « d’êtres vivants déclassés du genre humain » et destinée d’emblée à « la production en série de cadavres » (Traverso 2002, 55).
La notion de l’émigré sera interrogée ici dans sa dimension multiple : celle de l’exilé, celle de l’émigré intérieur et celle de l’émigré-déporté que lui attribue Victor Klemperer en analysant la langue du IIIe Reich. Dans les deux premiers cas l’émigration est comprise comme un exil forcé. Dans le contexte soviétique, le terme de l’émigré est similaire à l’exilé qui est contraint à quitter le pays. De manière analogue, l’émigré intérieur subit lui aussi la violence – étant obligé de s’exiler sans pour autant effectuer le déplacement territorial. Le troisième sens sera abordé notamment dans le vocabulaire nazi spécifiquement lié à l’Autre qui est le Juif : la mention « destinataire émigré » [abgewandert], était apposée aux lettres renvoyées aux expéditeurs par le facteur lorsqu’à la porte du destinataire se trouvait l’inscription « Ici habitait le Juif Weil » (Klemperer 1996). On appréhende donc le terme d’émigré dans sa dimension meurtrière, tout en lui conservant sa première notion de « sans-état » qui est simultanément un « sans-droit », si nous empruntons ici le terme à Alexis Nouss (Nouss 2015).
Dans ce contexte, on envisage d’interroger les représentations littéraires et artistiques de ceux qui refusent d’« être de ce temps » (Horvath 1938), partent en exil ou continuent à écrire « entre les lignes », ou bien mettent en scène l’image du proscrit, de celui qui, à l’instar des personnages de Zweig, « se sentent étrangers, inutiles en ce monde » (Ivresse de la métamorphose) nouveau.

- Nous proposons les axes de recherche suivants :
• Exil, écriture, régimes totalitaires et dictatoriaux
• Représentations visuelles au sein des régimes totalitaires
• Stigmatisation, stéréotypie
• Représenter, « dé-couvrir », construire l’image de l’Autre
• Destruction, élimination de l’Autre

- Organisateurs
Luba Jurgenson, Université Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM
Atinati Mamatsashvili, Université Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM, European Union’s Horizon 2020 research and innovation programme, Marie Sklodowska-Curie Actions Projet LIAGAN, Université d’État Ilia, Tbilissi, Géorgie

- Coordination & renseignements
Aurélie Rouget-Garma, Université Paris-Sorbonne / Eur’Orbem
Tél : 01 43 18 41 93
aurélie.rouget-garma@paris-sorbonne.fr


The exile, the outcast, the emigrant
Literary and artistic portrayal under the Nazi and Soviet regimes

International conference

Paris, March 31 - April 1, 2017

The objective of this conference is to understand exiles, outcasts, and emigrants
through the eyes of writers by examining the manner in which they were portrayed in
the literature of Central, Eastern and Western Europe under the Nazi and Soviet
regimes. An analysis will also be made of visuals (painting, cinema, posters) where
“the Other” is stigmatised, ridiculed, or annihilated.
Totalitarianism, or the totalitarian experience, according to Hannah Arendt, has
exploded “all our categories of thought and standards of judgment” (Arendt 1994).
Based on a unilateral and homogeneous vision that tolerates no alternatives, the Nazi
and Soviet regimes committed themselves to a principle of exclusion in which the Other
– regardless of the “basis” of his otherness, whether it be race or social class – had to
either be re-educated and converted into a New Man or eliminated (this re-education
was deemed impossible for certain ethnic groups and social categories). All
ambivalence, according to this model, was also to be eliminated. As Baberowski and
Doering-Manteuffel said, Stalinism was “an attempt to establish an order devoid of
ambivalence and uncertainty. In this manner, it was similar, [in concept], to the racial
purity utopia of the National Socialists” (Geyer & Fitzpatrick 2009). This totalitarian
society was expected to “not have anything outside of itself” or “within itself that would
indicate another form” (Lefort 1986) or figurate an alternative. The formation of a “new
population category” (Rouvillois 2014), in which the human being is assessed only
through a prism of uniformity and fitting into a larger community includes in itself the
perception of the Other (whether he be the intellectual, the Jew, the homosexual, etc.)
as an “enemy of the people” or as Lydia Chukovskaya said “the foreigner” [чуждый]
(Chukovskaya 1980) who exists outside of the newly created social space. The idea
of otherness also includes the idea of “the superfluous man” (Javakhishvili 1929),
meaning the man for whom there is no space in the Nazi or Soviet reality.

The very concept of the Weltanschauung – the Nazi worldview – implicated the
construction of the world in accordance with the vision (Nancy 2016) of Nazism and
the Aryan. In order for this world to be actualised, that which was not deemed excellent
– namely the Jew – was to be eliminated (Nancy 2016). That is to say, the conquest
of territories was not the ultimate goal of Nazism. Instead, it was the Germanisation,
or Aryanisation, of the areas in question. In this worldview, the Jew was seen as
nothing but unprocessed material (Anders 1980), a “living beings [were] downgraded
from the status of the human race” and seen as “mass corpses” (Traverso, 2002, 55).
The concept of the emigrant will be examined in its multiple dimensions : including the
ideas of exile, of the inner emigrant, and of the deported emigrant, as described by
Victor Klemperer in his analysis of the language of the Third Reich. In the Soviet
context, the term emigrant refers to a person who is forced to leave his country.
Similarly, there exists the concept of the inner emigrant : one who is forced into exile
without experiencing territorial displacement. The last meaning will be examined
especially in the Nazi context in relation to the Jew : the term “recipient emigrated”
(abgewandert) was written on letters returned to senders when the recipient’s door
bore the inscription “Here lived a Jew” (Klemperer 1996). It thus captured the deadly
dimension of the term “emigrant” and maintained the concept of “statelessness”, and
therefore “rightlessness”, as suggested by Alexis Nouss (Nouss 2015).

In this context, we envisage examining the literary and artistic representations of those
who refuse to “be of his time” (Horvath 1938), meaning those who go into exile or
continue communicating their ideas “between the lines”, or depict outlaws in their
writing and believe themselves to be “foreigners [who are] useless in this new world”
(Zweig, Rausch der Verwandlung).

- We propose the following research axis :

• Exile, writing, totalitarian and dictatorial regimes
• Visual representations in totalitarian regimes
• Stigmatisation, stereotyping
• The construction of The Other
• The destruction and the removal of The Other