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Accueil > Publications > Revue des études slaves > Sommaires et résumés > RES 87/3-4 (2016)

Résumés

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le

AUTANT-MATHIEU Marie-Christine
CNRS – Eur’Orbem

The Condemnation of Valiant Knights and the Fall of Dem′jan Bednyj and Aleksandr Tairov

After explaining the place of the project of staging Valiant Knights in the context of the campaign against formalism and naturalism in 1936, and after showing how Aleksandr Tairov gradually managed to win the trust of the cultural authorities, especially thanks to the triumph of The Optimistic Tragedy by V. Višnievskij (1933), I will show that neither the director Tairov nor the author of the libretto of the Valiant Knights, Dem′jan Bednyj, were able to decode the signals which should have alerted them. The shifting of the accents onto new heroic figures as well as the prohibition of satire and opera buffa provoked the condemnation of the show through a decree which fixed new rules of presentation of the history of Russia and of the characters to be lionized. The ban was fatal to the theatre which was merged with a foreign company of a very different style. It led to the ousting of D. Bednyj from the Union of Writers and the Communist Party and condemned Tairov to renounce to fight for ‘synthetic acting’ and a repertory open to western playwrights.

La condamnation des Preux et la chute de Dem′jan Bednyj et d’Aleksandr Tairov

Après avoir situé le projet de mise en scène des Preux dans son contexte : la campagne contre le formalisme et le naturalisme de 1936, et rappelé que peu à peu, Aleksandr Tairov avait réussi à gagner la confiance des autorités culturelles, notamment grâce au triomphe de la Tragédie optimiste de V. Višnevskij (1933), je montrerai que ni le metteur en scène, ni l’auteur du livret des Preux, Dem′jan Bednyj, n’ont su décoder les signaux qui auraient dû les alerter. Le déplacement des accents sur de nouvelles figures héroïques, ainsi que la condamnation de la satire et de l’opéra bouffe, provoquèrent la condamnation du spectacle par le biais d’un décret qui fixa de nouvelles règles de présentation de l’histoire et des personnages à célébrer. L’échec fut fatal au théâtre qui fut fusionné de force avec une compagnie à l’esthétique très éloignée de la sienne. Il entraîna l’éviction de D. Bednyj de l’Union des écrivains et du Parti communiste et condamna Tairov à abandonner son combat en faveur d’un « acteur synthétique » et d’un répertoire ouvert sur l’Occident.


GAUTHIER Cécile
Université de Reims Champagne-Ardenne – CRIMEL

What Lies Beneath a Name : Slavic Ethnonyms in Le Nouveau Larousse illustré (1898-1904)

This study of the various entries devoted to the « Slavs » in the French encyclopaedia Le Nouveau Larousse illustré (1898-1904) confronts the reader with an incredible expansion of nouns : bohémien, tchèque, czèche, cassoube, kachoube, serbe, sorbe, sorabe, sorobe… These lexicographical articles carry some elements of historical, anthropological and linguistic science, which reveal collective representations filled with tensions between the desire of a racial and linguistic purity and the evidence of diversity. The act of giving a name, especially in the lexicographical context, is a complex and political act, as is shown with the example of Bielorussia, since it can both disclose or hide, give birth or deny identity.

Ce que cache un nom : les ethnonymes slaves dans Le Nouveau Larousse illustré (1898-1904)

Cette contribution présente un parcours critique des différents articles consacrés aux « Slaves » dans Le Nouveau Larousse illustré, au tournant du XXe siècle. Ces articles lexico­graphiques font basculer le lecteur dans un vertige de nominations sans fin : bohémien, tchèque, czèche, cassoube, kachoube, serbe, sorbe, sorabe, sorobe… Ils sont vecteurs d’un savoir historique, anthropologique et linguistique qui révèle un imaginaire collectif traversé par toutes sortes de tensions, entre quête d’une pureté originelle, raciale et linguistique, et constat du divers et du métissage. Le geste de nomination dévoile toute sa complexité politique, notamment dans le cadre lexico­gra­phique, puisque, comme le montre l’exemple biélorusse, il peut tour à tour dévoiler ou cacher, s’apparenter à un acte de reconnaissance ou de déni identitaire.


GONNEAU Pierre
Université Paris-Sorbonne – École pratique des hautes études

Sergius of Radonezh Illuminated From the Litsevoi letopisnyi svod to the Litsevoe zhitie

The Litsevoi Letopisnyi svod (vol. Osterman II) devotes 56 folios and 76 miniatures to Sergius of Radonezh’s Vita in the yearly entry for 6900, September 25. The Litsevoe Zhitie Sergiia Radonezhskogo (LZHSR, c.1589-1592), held by the Russian National Library in Moscow (RGB fonds 304/III no 21) comprises 381 folios and a unique iconographic program of 653 mi­niatures. Both manuscripts were executed at the Muscovite Court by artists groomed to fulfill official orders. Comparison of LLS and the LZHSR provides us with a more profound understanding of the work of Muscovite court illuminators and copyists. It can definitely be likened to what was done at that time in the workshops of some Western printers or painters. There is evidence of reutilizations of the same material or motives, of corrections and repentances, adjustments, from one set to another, one would say from one edition or printing to another.

Serge de Radonež en miniatures : de la Chronique enluminée à la Vie enluminée

La Chronique enluminée d’Ivan le Terrible (LLS, Tome Osterman II) réserve 56 folios et 76 miniatures à la Vie de Serge de Radonež, sous l’année de la mort du saint, 6900/1392. Une vingtaine d’années plus tard, sous le règne de Fedor Ivanovič, les mêmes ateliers de la cour moscovite consacrent un manuscrit de 381 folios et 653 enluminures à la Vie du même saint (LŽSR). La comparaison des deux jeux de textes et d’illustrations montre que les auteurs de LŽSR se sont inspirés de la mise en page et des images de LLS, tout en utilisant une version différente de la Vie de Serge. À plusieurs reprises, dans les deux manuscrits, la miniature est encadrée par des portions de textes identiques, occupe la même place sur le feuillet, précédée ou suivie des mêmes mots. L’ampleur de LŽSR permet toutefois de développer davantage la dimension visuelle du récit en séquençant les épisodes sur plusieurs pages, toutes illustrées ou presque, chaque image étant elle-même souvent divisée en deux ou trois parties. Cette étude de cas met en lumière le fonctionnement de l’atelier de copie-enluminure de Moscou à la fin du XVIe siècle. Il fonctionnait d’une manière similaire aux boutiques de graveurs et d’imprimeurs d’Europe occidentale, en réutilisant et en adaptant des modèles déjà existants.


IGNATENKO-DESANLIS Oxana
Docteur en Histoire de l’art, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, École du Louvre

The Image of Lenin Between February and October 1917

Based on rare and authentic documents, this work endeavors to elaborate a new image of Vladimir Ilitch Oulianov – Lenin between both Russian Revolution through satirical magazines of the time, freed from imperial censorship. Disconcerting in more ways than one, this image indeed is symptomatic of the caricatures and other cartoons that targeted bolcheviks, archenemies of partisans of the democratic revolution of February.

L’image de Lénine entre février et octobre 1917

Basée sur des documents authentiques rares et inédits, cette étude a pour but d’étoffer une image singulière de Vladimir Ilič Ul′janov – Lénine entre les deux révolutions russes via les revues satiriques russes de l’époque, affranchies de la censure impériale. Déroutante à plus d’un titre, cette image se révèle être pourtant sympto­matique des caricatures et autres charges ciblant les bolcheviks, ennemis jurés des partisans de la révolution démocratique de Février.


KLEIMOLA Ann
University of Nebraska-Lincoln

“Mistakes Were Made” : Text and Image in the Litsevoi Letopisnyi Svod

One of the murky episodes of Ivan the Terrible’s minority is the revolt of his uncle, Andrei Staritskii, in the spring of 1537, which ended with the arrest of the prince and his death in prison in December. The Litsevoi Letopisnyi Svod reproduces the account given in the Voskresenskaia Chronicle, which does not blame Andrei but attributes the uprising to the agitation of unnamed malevolent advisors in both Moscow and Staritsa. The 48 illustrations of the text follow this interpretation and sometimes go beyond it to suggest a certain sympathy for Andrei. In their dynamic depiction of events, the artists use innovative techniques to show progression of the action while retaining traditional representations of human figures and clothing. One cannot tell the good counselors from the bad, and victims of repression express resignation rather than fear or pain. The fact that it presents this episode in a manner favorable to Andrei is perhaps one of the reasons why the compilation of the Litsevoi Letopisnyi Svod was abandoned. In 1569 Ivan the Terrible forced Vladimir, the son of Andrei Staritskii, to drink poison. After that, it is highly probable that the tsar wanted to read an account of the 1537 revolt that would graphically reveal the treason of the House of Staritsa.

Des erreurs ont été commises : texte et image de la Chronique enluminée à propos de la rébellion d’Andrej de Starica

L’un des épisodes noirs de la minorité d’Ivan le Terrible est la révolte avortée de son oncle, Andrej de Starica, au printemps de 1537, qui se termine par l’arrestation du prince et sa mort en prison, au mois de décembre. La Chronique enluminée (LLS, Livre impérial) reprend à ce propos le récit de la Chronique de la Résurrection qui n’accable pas Andrej, mais attribue la révolte à l’action de conseillers malintentionnés, agissant aussi bien à la cour de Moscou qu’à celle de Starica. Les 48 illustrations du texte suivent cette ligne et vont parfois même au-delà, suggérant une certaine sympathie envers Andrej. Le découpage est dynamique, et les enlumineurs font preuve d’imagination pour restituer la progression de l’action à l’intérieur de chaque image. En revanche, ils conservent un certain hiératisme des poses et des costumes. Il est difficile de distinguer les bons conseillers des mauvais et les victimes d’exécution affichent la résignation des martyrs plutôt que peur ou douleur. Le traitement de cet épisode, plutôt indulgent envers le prince Andrej, peut être l’une des raisons pour lesquelles la composition du Livre impérial de la Chronique enluminée a été abandonnée. En effet, en 1569, Ivan le Terrible a contraint le fils d’Andrej de Starica, Vladimir, à prendre un poison mortel. Il est très probable qu’il souhaitait lire un récit de la révolte de 1537 beaucoup plus accusateur envers la maison de Starica.


LENHOFF Gail
University of California, Los Angeles

The Book of Degrees and the Illuminated Chronicle : A Comparative Analysis

The Book of Degrees, composed under the supervision of Metropolitan Makarii, and the Illuminated Chronicle of Ivan the Terrible are traditionally viewed as independent literary projects with distinctive ideological programs. Comparison shows that the compilers of the Illuminated Chronicle used the Book of Degrees as a source and adopted its religious themes, but rejected its formal innovations : the presentation of Muscovite history as a series of ‘steps’ toward salvation, divisions into chapters rather than yearly entries, a complex rhetorical style. Instead the writers mechanically copied entries from previous Muscovite chronicles and the miniaturists applied iconographic conventions to illustrate worldly events. One must conclude that the abandonment of work on the Book of Degrees and the decision to produce a supplemented, illustrated chronicle represent a return to more conventionally Orthodox forms of representing history.

Le Livre des degrés et la Chronique enluminée : analyse comparative

On a coutume de considérer que le Livre des degrés de la généalogie impériale et la Chronique enluminée d’Ivan le Terrible sont des projets narratifs différents, émanant de scriptoria distincts. Le Livre des degrés donne un exposé novateur et théologique de l’histoire russe, divisé par règnes, soulignant que la Providence divine a favorisé l’affirmation du royaume russe à travers les générations, de saint Vladimir à Ivan le Terrible. Il met en avant la symphonie des pouvoirs temporel et spirituel et accorde une place privilégiée aux récits hagiographiques. La Chronique enluminée revient à un exposé strictement annalistique, emprunté pour l’essentiel à la Chronique de Nikon (v. 1520-1539) et à ses continuations. Moins structuré, il n’hésite pas non plus à retenir des épisodes peu flatteurs pour la dynastie, qui avaient été gommés ou atténués dans le Livre des degrés. Pourtant, la Chronique enluminée reprend aussi des passages entiers du Livre des degrés, particulièrement certains récits de miracle ; elle est profondément marquée par sa vision religieuse. En fait, si elle a rejeté les innovations formelles du Livre des degrés, elle assimile son message, mais sous une forme narrative plus conservatrice. Les miniatures ont une orientation similaire, puisqu’elles utilisent essentiellement des modèles iconographiques religieux, y compris pour représenter les épisodes de l’histoire profane.


MARCENKO Tat′jana
Maison de l’émigration russe (Maison Soljenitsyne, Moscou)

A ‘Marginal’ : The Archival Records of N.  Berdyaev in The Swedish Academy
From 1942 to 1948, the illustrious Russian philosopher Nikolai Berdyaev (who lived in exile in Paris) was nominated for the Nobel Prize for literature by Alf Nyman, a philosophy professor from Lund. The expert review – an abstract of almost 90 pages – was written by Anton Karlgren, a Slavistics professor from Copenhagen. His negative opinion of the significance of Berdyaev’s works was decisive in the rejection of this candidacy by the Nobel committee. This article is based on archival materials that reveal the details of the story and shed light on the reception of certain ideas of the Russian philosopher in the West.

Un « marginal » : le dossier N. Berdjaev dans les archives de l’Académie suédoise

Le célèbre philosophe russe Nikolaj Berdjaev, émigré à Paris, fut proposé pour le prix Nobel de littérature en 1942-1948. C’est Alf Nyman, professeur de philosophie à Lund, qui suggéra sa nomination à l’Académie suédoise, et c’est le professeur de slavistique à Copenhague Anton Karlgren qui rédigea le rapport d’expertise, un compte rendu de près de 90 pages. L’avis négatif émis par Karlgren sur l’importance des travaux de Berdjaev joua un rôle majeur dans l’élimination de sa candidature par le comité Nobel. Les documents d’archives sur lesquels s’appuie le présent article révèlent les détails de cette histoire et éclairent d’un jour nouveau la réception de certaines idées du philo­sophe en Occident.


MENANTAUD Henri
SeDyL, USPC/INALCO – CNRS/UMR8202 – IRD/UMR135

On Equinumeral (or ‘Pseudo-plurale tantum’) Archigender in Polish

First, the paper is an attempt to show that P3 gender proposed by Saloni (1976) gathers together four types of nouns which are all considered as pluralia tantum though they are in fact heterogeneous as for their combination ability with numerals and number category, i.e. SPODNIE-type (‘trousers’), FUSY-type (‘grounds’), IMIENINY-type (‘name-day’) and NACZELNE-type (‘primates’). An alternate description is further proposed on the basis of a diversified set of features such as paired equinumeral gender (spodnie-type) or non-paired equinumeral gender (fusy- and imieniny-types), massive intergender (FUSY-type) as well as number (NACZELNE-type) and/or adnumerality (IMIENINY- and NACZELNE-types) defectiveness.

De l’archigenre équinuméral (ou « pseudo-plurale tantum ») en polonais

L’article s’efforce d’abord de montrer que le genre grammatical P3 proposé par Saloni (1976) réunit quatre types de substantifs considérés également comme des pluralia tantum, mais hétérogènes au regard de leur combinatoire avec, d’une part, les lexèmes numéraux et, d’autre part, les marques de la catégorie du nombre, à savoir les types SPODNIE « pantalon », FUSY « marc », IMIENINY « fête (du saint patron)  » et NACZELNE « primates ». Une description alternative est ensuite proposée, reposant sur un répertoire d’indicateurs diversifiés au nombre desquels figurent, outre l’appartenance à l’un des deux genres équinuméraux pair (types SPODNIE) ou impair (types FUSY et IMIENINY), l’appartenance à l’intergenre massif (type FUSY ) et la défectivité en nombre (type NACZELNE) et/ou la défectivité en adnuméralité (types IMIENINY et NACZELNE).


MILBACH Juliette
CERCEC (EHESS – CNRS)

Art Education in Russia During the 1910s : Moscovite Pedagogy in Three Stages

This article analyses the traditional path followed by many students pursuing an artistic career in Moscow during the 1910s. Many of the most prominent figures in the Soviet art world in the 1930s went through the three steps of this path. The first stage was a summer internship in a private studio. Ilia Machkov’s studio is a good example of the importance of the master in the choices made by the students in their studies and artistic productions. The second stage is the enrolment as internal and external auditor at Moscow State Stroganov School of Industrial and Applied Arts (founded in 1825). There, the students complete their studies by learning the technical skills they will later need. The third and last step is passing the exam to the Moscow School of Painting, Sculpture and Architecture (MUJVZ) which is for most what they had been longing for since the beginning of their studies. In this article, the particularities of the MUJVZ (difficulty of the entrance examination, quotas per class and student profile) and its esthetical choices (the MUJVZ prevail as the only voice of realism but still open its arms to all new tendencies) will be carefully analysed. Though characteristic of that period (as many students followed it), this path in three stages, heralds to a certain extent the attempt to merge decorative and fine arts after the Revolution.

L’enseignement artistique en Russie dans les années 1910 : la pédagogie moscovite en trois étapes

Cet article propose une analyse du système éducatif à Moscou des années 1910 dans le cadre des études artistiques et à travers le prisme d’un parcours particulier mais suivi par de nombreux étudiants. Ce parcours dont peuvent se prévaloir de nombreuses grandes figures de l’art soviétique actives dans les années 1930 se présente en trois étapes. Premièrement, un stage estival dans un atelier privé dont celui du cezanniste Il′ja Maškov (1881-1944) est ici un exemple éloquent montrant l’importance de la personnalité de chef d’atelier dans le choix des élèves. Deuxièmement, l’inscription comme étudiant mais plus souvent comme auditeur libre à l’École impériale centrale d’art industriel du comte Stroganov (fondée en 1825). Les élèves viennent y parfaire leur enseignement en apprenant dans la précision de nouvelles techniques qui leur serviront pour la suite. Troisièmement, la dernière étape de ce parcours, le lieu souvent convoitée depuis le départ par les étudiants : l’École moscovite de peinture, sculpture et architecture, le MUžVZ. Son fonctionnement (difficulté des épreuves théoriques au concours, quotas par classe et profils des élèves) et les particularités esthétiques (le MUžVZ s’impose comme le fief du réalisme tout en s’ouvrant à des courants novateurs dans les années 1910) sont analysés en détail. Ce parcours accidenté, presque typique pour l’époque tant il est partagé, préfigure dans une certaine mesure la tentative de fusion des arts appliqués et des beaux-arts que valoriseront les réformes artistiques de l’après-révolution.


PODOROGA Ioulia
Université de Genève

The Part and the Whole – On the Fragmentary World of Boris Pasternak

This article offers a philosophical interpretation of Boris Pasternak’s work, based on the understanding of his strategy of writing, both poetic and prosaic, using the notion of fragment. Following the distinction between the fragment and the element borrowed from Bergson, I will seek to demonstrate how the relation between the whole and the part can be conceived differently according to the approach adopted towards Pasternak’s work. Three readings of Pasternak will be taken into account (Jakobson, Lotman, B. Gasparov). The notion of fragment, mobilized by Boris Gasparov, is particularly important as it helps to avoid the all too rigid alternative between the “Subjectivism” (Jakobson) and the “Objectivism” (Lotman) of Pasternak.

La partie et le tout – Sur le monde fragmentaire de Boris Pasternak

Dans cet article, je propose une interprétation philosophique de l’œuvre de Boris Pasternak en analysant sa stratégie d’écriture poétique et prosaïque, à partir de la notion de fragment. En m’appuyant sur la distinction du fragment et de l’élément, empruntée à Bergson, je chercherai à démontrer comment le rapport entre le tout et la partie peut être conçu différemment suivant l’approche qu’on adopte vis-à-vis de l’œuvre pasternakienne. Trois lectures de Pasternak seront prises en compte (Jakobson, Lotman, B. Gasparov). C’est la notion de fragment, mobilisée par Boris Gasparov, qui permet d’échapper à l’alternative entre le « subjectivisme » (Jakobson) et l’« objectivisme » (Lotman) de Pasternak.


УХАНОВА Elena
Musée historique national (GIM), Moscou

Problems Posed by the Study of the Paper Used for the Illuminated Chronicle

Since N. P. Lixačev’s classic study of watermarks in Russian manuscripts appeared in 1899, much has been written on Ivan the Terrible’s Illuminated Chronicle. Studies of the text’s sources and of its genealogy, which provide some indications about the time frame of its production, have led to the elaboration of interesting theories, but no consensus has been reached. Analyses of the watermarks on specially ordered paper supplied to copyists and miniaturists have led scholars to reach contradictory conclusions, proposing widely differing dates for this project’s execution. Building on research by B. M. Kloss, the author presents a refined and in many ways definitive analysis of the types and variants of watermarks in all paper used for the Illuminated Chronicle. Her findings confirm that work on the manuscript of the Illuminated Chronicle started in 1568 at Aleksandrova Sloboda, and that the writing was interrupted in 1575-1576. She distinguishes four major types of paper, which correspond to successive supplies ordered for the chronicle. Leaves of “peripheral” paper (with different watermarks), inserted in a given homogeneous batch (prepared on the same mold), offer additional clues to the editorial process and should allow specialists to identify corrections that have been overshadowed by the more spectacular editorial interpolations and deletions.

Les problèmes posés par l’étude du papier de la Chronique enluminée

Depuis la publication, en 1899, du travail de N. P. Lixačev sur les filigranes du papier des manuscrits russes jusqu’à nos jours, la question de la datation de la Chronique enluminée d’Ivan le Terrible a fait couler beaucoup d’encre. La critique du texte et de sa généalogie a pu fournir des éléments de datation relative et servir à élaborer des théories intéressantes, mais sans dégager un consensus. De même, l’analyse du support, plus précisément des filigranes des papiers employés par les copistes et enlumineurs, a débouché sur des conclusions contradictoires, donnant des écarts de datation assez sensibles. S’inscrivant dans la lignée des recherches de B. M. Kloss, l’auteur est parvenu à affiner l’analyse des types de filigranes et de leurs variantes.
Elle confirme que la copie du manuscrit de la Chronique enluminée a commencé en 1568, à Aleksandrova Sloboda, et s’est interrompue définitivement en 1575-1576. On peut distinguer quatre grands types de papier, correspondant à des approvisionnements successifs. L’insertion de feuillets dépareillés (portant un autre filigrane) dans des liasses homogènes (provenant d’une même rame) témoigne du travail de correction entrepris en cours de route et devrait aider les spécialistes du texte et de l’image à détecter des repentirs qui, parfois, sont passés inaperçus, à côté des corrections spectaculaires signalées par des ratures et des interpolations.