Nos tutelles

CNRS

Rechercher




Accueil > En ce moment > Appels à communication > Archives AAC

L’exception politique en révolution. Pensées et pratiques (1789-1917)
Rouen, 7-8 novembre 2017

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le

Colloque international

- Organisé par le laboratoire GRHis (Normandie Université, UniRouen), avec
le soutien de l’IRHis (Normandie Université, UniRouen), de l’Université
d’Orel (Russie), de la Fondation Gabriel Péri et de la Société des études
robespierristes

- Sous la direction de Michel Biard et Jean-Numa Ducange.

- Comité d’organisation : Michel Biard, Yannick Bosc, Deborah Cohen,
Jean-Numa Ducange, Pascal Dupuy, Jean-Yves Frétigné, Yannick Marec.

- Comité scientifique : Daniel Aaraoreis (Université fédérale de Rio),
Sylvie Aprile (Université Charles de Gaulle Lille 3), Alexandre Fernandez
(Université Montaigne, Bordeaux), Tamara Guella (Université d’Orel), Olga
Kazakova (Université d’Orel), Hervé Leuwers (Université Charles de Gaulle
Lille 3), Yoshihiro Matsuura (Université Seikei, Tokyo), Yoshiaki Ômi
(Université Senshu, Tokyo), Timothy Tackett (Université de Californie,
Irvine), Alexandre Tchoudinov (Académie des Sciences, Moscou), Serge
Wolikow (Université de Bourgogne), Zhou Lihong (Université Sun Yat Sen,
Canton).

À l’automne 1793, la Convention nationale décrète que le gouvernement de
la République sera « révolutionnaire jusqu’à la paix », l’adjectif étant
alors conçu comme synonyme d’« extraordinaire ». Les premiers signes
annonciateurs de ce temps d’exception politique sont toutefois antérieurs
et, par ailleurs, les Conventionnels n’inventent pas ex nihilo ce
gouvernement extraordinaire. Contraints à penser l’exception politique,
ils puisent naturellement dans la « boîte à outils intellectuels » qui
était la leur, composée d’exemples historiques (notamment antiques) et des
écrits philosophiques des XVIIe et XVIIIe siècles (au premier rang
desquels les Œuvres de Montesquieu et Rousseau). Penser l’exception
politique, c’est également la mettre en pratique dans un contexte où la
République est alors assiégée de toutes parts, aussi bien par des armées
étrangères que par une situation d’extrême tension à l’intérieur du
territoire national. La Convention et son comité de Salut public mettent
alors en place une sorte de double légalité avec, d’un côté, des lois
dites « ordinaires », de l’autre, des lois dites « révolutionnaires ».
Pour les mettre en œuvre, des organes de pouvoir issus des premières
années de la Révolution continuent à fonctionner, mais des institutions « 
révolutionnaires » voient également le jour (représentants du peuple en
mission, comités de surveillance, armées révolutionnaires, etc.). Pourtant
inscrites dans nulle constitution, elles permettent à la République de
triompher de ses adversaires. En Thermidor, la coalition qui a éliminé
Robespierre et ses amis invente l’idée d’un « système de terreur » ou
d’une « politique de terreur » désormais caducs avec la mort du « tyran ».
Elle opère ainsi un renversement de sens politique et assimile la notion
de « terreur » à un mode de gouvernement, là où les mesures répressives,
pour sévères voire impitoyables qu’elles aient été, n’étaient qu’un
des leviers actionnés par le gouvernement révolutionnaire.
L’historiographie devait faire le reste, avec cet usage d’un article
défini et d’une majuscule pour évoquer la Terreur, concept réifié pour
deux siècles.

Avec 1793 et l’an II, les révolutionnaires des XIXe et XXe siècles ont été
amenés à réfléchir sur la notion de « Salut public », sur l’usage de la « 
dictature », et partant sur la nécessité pour une révolution de recourir à
la contrainte au moment de bâtir un nouvel ordre issu de cette révolution,
et donc fatalement de cerner les limites de ce qui serait considéré comme
des « désordres » à réprimer. Par la force des choses, ils ont dû eux
aussi penser l’exception politique, prendre position sur le recours ou non
à la violence, inventer à leur tour des politiques qui leur permettraient
de faire triompher leurs idées. Avec les héritages de la « Grande
Révolution », ils ont également été conduits à réfléchir sur l’association
entre révolution et guerre, tout à la fois la guerre qui sert de
déclencheur à une révolution (le 10 août 1792 ou 1917) et celle à laquelle
une révolution doit être presque toujours confrontée au moment de
s’imposer face aux tenants de l’ordre ancien. Guerre étrangère et guerre
civile (théorisée par certains comme nécessaire) ne pouvaient que susciter
des réflexions politiques chez des révolutionnaires imprégnés de
l’histoire de la Révolution française mais aussi des révolutions avortées
du XIXe siècle. On sait ainsi comment Lénine esquissa un pas de danse
lorsque la révolution bolchevique dépassa la durée de la Commune de Paris
en 1871, fort de la certitude partagée par la grande majorité des
révolutionnaires qu’il est apparemment plus difficile de conserver le
pouvoir que de le conquérir. L’état d’exception a ensuite nourri de
nombreuses réflexions fondées sur ces deux processus historiques,
notamment depuis les années 1970, autour par exemple des théories du
philosophe italien Giorgio Agamben.

Le présent projet de colloque entend interroger les diverses manières par
lesquelles les modèles révolutionnaires ont circulé entre la Révolution
française et celle de 1917 en Russie. Il ne s’agit évidemment pas de
juxtaposer des récits révolutionnaires, mais d’étudier comment des cas
concrets ont donné à penser, mais aussi à mettre en pratique l’exception
politique en révolution. Il va de soi que la guerre et la paix (dans une
vision plus révolutionnaire que tolstoïenne), la notion de « Salut public
 », la « dictature » – théorisée et mise en pratique sous le nom de « 
dictature du prolétariat » en 1917 -, les institutions extraordinaires,
seront au cœur du présent projet. Celui-ci n’entend pas se limiter aux
territoires européens et peut très bien, par exemple, intégrer les
processus révolutionnaires latino-américains, ou encore les révolutions
anticoloniales (on songera par exemple au regain d’intérêt récent pour une
figure comme C.LR. James) qui ont souvent pensé leur démarche en miroir de
la Révolution française et/ou de la révolution bolchévique. Un seul
impératif devra guider chaque contributeur : esquisser des comparaisons,
que celles-ci se fassent en amont ou en aval des deux révolutions ici
mentionnées.

- Les propositions de communication, accompagnées d’une brève notice
bio-bibliographique de leurs auteurs, doivent être envoyées aux deux
adresses suivantes dès à présent et en tout état de cause avant le 1er
mars 2017 :

biard.m@wanadoo.fr ;jean-numa.ducange@univ-rouen.fr

Le programme du colloque sera établi courant mars 2017.