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Séminaire commun 2016-2017 : Fiodor Chaliapine : sa formation dans le cercle Mamontov de Moscou (1896-99) et son évolution à l’étranger (collaboration avec les ballets russes, avec l’Opéra russe à Paris)

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le

Séminaire commun 2016-2017 : Fiodor Chaliapine : sa formation dans le cercle Mamontov de Moscou (1896-99) et son évolution à l'étranger (collaboration avec les ballets russes, avec l'Opéra russe à Paris)

Jeudi 9 mars 2017 - 17h30 à 19h30
Maison de la Recherche, 26 rue Serpente, 75006, salle D 040

Pascale Melani, Professeur de l’université de Bordeaux Montaigne, Sylvie Mamy (Directrice de recherche CNRS, IreMus) : Fiodor Chaliapine : sa formation dans le cercle Mamontov de Moscou (1896-99) et son évolution à l’étranger (collaboration avec les ballets russes, avec l’Opéra russe à Paris).

- Pascale Melani
Fiodor Chaliapine (1873-1938) fut un artiste d’opéra hors du commun, qui a exercé une influence énorme sur le devenir de l’art lyrique et du spectacle d’opéra. Son art a constitué un modèle pour certains acteurs dramatiques, comme Nikolaï Tcherkassov, l’Ivan le Terrible d’Eisenstein, et de nombreuses similitudes ont été repérées entre la méthode d’interprétation du chanteur et la « méthode » stanislavskienne. La presse a souvent décrit Chaliapine comme une « nature » puissante, un artiste instinctif, créant de façon quasiment spontanée. C’est faire peu de cas de l’énorme travail de réflexion et de maturation opéré par le chanteur dans la phase d’élaboration de ses rôles. Au début de sa carrière, Chaliapine a été assisté par quelques artistes et pédagogues remarquables, qui l’ont aidé à mettre au point sa propre méthode d’interprétation.
L’exposé insistera sur le passage du chanteur à l’Opéra privé de Moscou (1896-1899) et sur les moyens employés par le directeur, Savva Mamontov, les peintres de la troupe et Sergueï Rachmaninov pour aider Chaliapine à comprendre les personnages qu’il interprétait et à élaborer les modalités expressives de leur incarnation. Cette étape conforta le chanteur dans son opinion que l’art lyrique ne relève pas uniquement de la technique vocale et que ses objectifs recoupent ceux de l’art dramatique, amorçant une véritable révolution dans l’interprétation de l’opéra.

- Sylvie Mamy
Fédor Chaliapine se produisit pour la première fois à l’Opéra de Paris, en mai 1908, dans le Boris Godounov de Moussorgski, premier opéra russe représenté en France, sous la direction de Serge Diaghilev. En mai 1909, Chaliapine participait à la 4ème Saison Russe de Diaghilev au théâtre du Châtelet, dans Ivan le Terrible (la Pskovitaine) de Rimsky-Korsakov. L’année suivante, à la suite d’un litige survenu entre Diaghilev et Gabriel Astruc, Chaliapine refusa de participer à la Saison Russe. En revanche, Jules Massenet écrivit pour lui le rôle de Don Quichotte, inspiré de Cervantès, sur un livret de Paul Morand. L’opéra fut créé à Monte-Carlo en février 1910. Le Don Quichotte de Massenet est le seul rôle véritablement composé sur mesure pour le grand chanteur. De nombreuses années plus tard, le succès remporté par cet opéra donna au cinéaste Georg Wilhelm Pabst l’idée d’en faire un film et de confier le rôle-titre à Chaliapine. En 1932, après l’exil à Paris, Chaliapine tournait dans le film de Pabst, avec les musiques de Jacques Ibert, film qui fut présenté au public parisien en avril 1933.
Je présenterai les deux Don Quichotte, de Massenet et de Pabst, en me demandant comment, hors du contexte russe et de la troupe de Diaghilev qui l’avait amené à Paris, Fédor Chaliapine (qui s’était formé, en tant que chanteur-acteur dans le cercle des artistes qui entouraient Mamontov à Moscou), a pu conserver son style si personnel dans un environnement (musique, décors, livret, langue, partenaires…) totalement francophone ? Comment un artiste voué à la scène d’opéra où il était alors considéré comme « le » maître, a pu se soumettre aux exigences du cinéma parlant et à l’autorité d’un cinéaste aussi affirmé que l’était Georg Wilhelm Pabst.