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Individu(s) et espace public en Europe médiane (XXe-XXIe siècles)
Paris, 5 mai 2017 - 14h-18h

par Astrid Mazabraud - publié le

Séminaire du GDR Connaissance de l’Europe médiane
Institut d’études slaves, 9 rue Michelet, 75006 Paris

- Programme

Cette séance du séminaire du GDR se propose d’interroger et soumettre à débat les définitions, usages, configurations et reconfigurations de l’espace public en Europe médiane de la seconde moitié du XXe siècle à l’époque contemporaine.
Pris entre social, politique et culturel, l’espace public peut-être abordé en ses dimensions matérielles – lieux physiques de rencontres, sociabilités et médiations, mais aussi de tensions, contestations et confrontations –, culturelles, mémorielles, emblématiques – des usages publics de l’histoire aux constructions des contre-pouvoirs et autres espaces d’autonomie de la société civile, notamment par la création artistique… – enfin, dématérialisées – du débat public aux médias audiovisuels de masse, aux réseaux sociaux… Cette notion d’espace public a en effet suivi, tant dans ses usages communs que dans sa définition par les sciences sociales, un glissement sémantique de la dimension spatiale et territoriale, localisée, aux territoires virtuels, médiatiques, diversement structurés, de l’information et de la communication contemporaines.
En dépit des disciplines connexes vers lesquelles ne manquent pas d’attirer les termes du sujet – géographie, urbanisme, sociologie, anthropologie, sciences de l’information et de la communication –, le propos est de conserver, même pour traiter d’époques très récentes, un ancrage dans le questionnement historien attaché à ce thème pour l’espace de l’Europe médiane des XXe et XXIe siècles, en faisant retour sur certaines modalités voire certains modèles d’espace public : permanences et mutations, usage instrumental de l’espace public par le pouvoir en place, transformation des lieux de résistances politiques, surgissement de nouvelles dissidences du fait de la fragmentation de l’espace public et des « interstices » qui en ressortent.
Les analyses proposées ici, attachées à des contextes et moments spécifiques de l’histoire récente de l’Europe médiane, ouvriront aussi, sans nul doute, une réflexion critique sur les explications classiques de l’espace public, de ses fonctionnements, évolutions et perspectives.

- Roman Krakovský, CERCEC (EHESS), IHTP (CNRS)

Les révolutions communistes et l’espace public

Il est traditionnellement considéré que l’avènement du communisme en Europe centrale et orientale signe la mort de l’espace public au sens que lui donnait Jürgen Habermas (espace où les acteurs sociaux élaborent, à travers la discussion, la notion d’intérêt général). Or, en observant l’évolution de la situation sur le terrain, on peut faire trois observations. D’abord, que la disparition de certains groupes socio-professionnels qui constituaient le cœur de l’espace public avant la guerre ne signifie pas pour autant la fin de l’espace public tout court. C’est sa nature qui change : il devient plus « prolétaire ». Ensuite, que malgré le rôle hégémonique de l’État-parti, les autres groupes parviennent à s’exprimer en public et à défendre leurs intérêts particuliers. Enfin, que ce fonctionnement de l’espace public assure la pérennité des régimes communistes mais en même temps prépare leur chute.

- Irina Gridan (Inalco / Centre de recherches Europes-Eurasie)

Mobilisations antisoviétiques dans la Roumanie des années 1960 : un espace public octroyé

Cette communication s’inscrit dans une réflexion sur les usages de l’espace public durant le régime communiste roumain. Dans les années 1960, le pouvoir dirigé par Gheorghe Gheorghiu-Dej puis par Nicolae Ceauşescu entend instaurer un dialogue avec la population et encourage la résurgence d’un espace d’échange et de critique, dont le langage est celui du nationalisme antisoviétique. À partir notamment de l’analyse des face-à-face entre gouvernants et gouvernés, nous interrogerons le dépassement du cadre classique, figé et à sens unique de la propagande, au profit d’une communication politique savamment orchestrée, synonyme d’échange avec des individus devenus potentiellement et ponctuellement acteurs de la relation au pouvoir. Quels sont les bénéfices attendus de cet espace public octroyé ? Bien qu’étroitement contrôlé, il se révèle un instrument de légitimation politique efficace : les expressions d’adhésion au régime ne manquent pas. Mais l’apparente convergence des aspirations individuelles et des prises de position officielles repose sur un malentendu fondamental : Dej comme Ceauşescu sont des nationalistes opportunistes et non de véritables réformateurs. L’espace public qu’ils concèdent à la population dans les années 1960, un espace public « bureaucratique », orchestré et encadré par les autorités, a peut-être pour conséquence de retarder en Roumanie l’émergence d’une culture politique protestataire, comme l’atteste le caractère tout à fait marginal des expressions contestataires des années 1970 et 1980.

- Anna Colin-Lebedev (Paris Ouest Nanterre / UMR Institut des Sciences sociales du Politique)

Le Maïdan à Kiev, lieu de fabrication du commun protestataire

L’intervention portera sur la place Maïdan Nezalezhnosti à Kiev, haut lieu de la mobilisation collective en Ukraine et épicentre de deux moments révolutionnaires dans les décennies 2000-2010. Nous nous interrogerons sur le référentiel symbolique, l’occupation physique, l’appropriation protestataire et l’investissement mémoriel dont fait l’objet cette place centrale de la ville dont le nom est devenu synonyme de révolution.