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Manger russe
Journées d’étude internationales
Strasbourg, 23-24 mai 2014

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le


Les 23-24 mai derniers se sont déroulées à l’Université de Strasbourg deux journées d’étude internationales consacrées à l’étude des représentations alimentaires dans l’histoire et la culture russe entre 18e et 21e siècles. Organisée par le Groupe d’Etudes orientales, slaves et néo-helléniques (GEO EA 1340) de l’Université de Strasbourg, cette manifestation résolument pluridisciplinaire souhaitait s’inscrire dans un champ d’étude en pleine extension, ouvert par les travaux de Mysya Glants et Joyce Toomre (Food in Russian History and Culture, 1997) et d’Alison K. Smith (Recipies for Russia : Food and Nationhood under the Tsars, 2011), ou, du côté de l’histoire sociale, de David Christian et R. E. F. Smith (Bread and Salt : A Social and Economic History of Food and Drink in Russia, 1984) ou J. Gronow (Caviar and Champagne : Common luxury and the Ideals of the good life in Stalin’s Russia, 2004). De même, le projet strasbourgeois complétait l’organisation récente, à l’Université du Texas, du symposium Food for thought, et, pour la France, souhaitait saluer la sortie de l’ouvrage de Galina Kabakova L’hospitalité, le repas, le mangeur dans la civilisation russe (2013).

Rassemblant seize spécialistes venus de six pays (France, Russie, Italie, Bulgarie, Belgique, États-Unis), la double journée d’étude organisée par l’Université de Strasbourg s’arrêta volontairement sur des aspects jusqu’ici laissés de côté de la problématique, ou sur sa présence dans des sources encore peu traitées. Furent ainsi examinées les représentations de la nourriture et leur utilisation idéologique et politique dans la littérature russe de fiction, dans le discours politique et social soviétique et dans celui de la Russie contemporaine.

Une large part fut faite à l’étude du discours alimentaire dans la littérature, notamment classique, entre autres chez des écrivains connus pour leur gourmandise ou leur intérêt social et idéologique pour la question de la nourriture. Furent ainsi évoqués Derjavine (A. Vatcheva), Tchekhov (N. Sacre), ou encore Tolstoï (R. de Giorgi). D’autres écrivains, moins connus ou chez lesquels le discours alimentaire est plus discret, furent néanmoins également convoqués. Parmi eux, citons Karamzine (R. Baudin, L. Sapchenko), Odoevski (M. Venditti), ou encore Pogorelski et Wagner (M. Kouzmina). La littérature soviétique et post-soviétique ne fut pas oubliée, grâce aux communications d’A. Gullotta sur Chalamov, de G. Gigante sur Petrouchevskaïa, Oulitskaïa et Tolstaïa, et d’A. Quallin sur Sorokine.

Un autre grand massif de communications porta sur la civilisation, s’arrêtant sur les interdits alimentaires dans la culture populaire (G. Kabakova), la culture culinaire stalinienne (I. Glouchtchenko) ainsi que celle de la consommation d’alcool dans la Russie de Poutine (V. Kossov). L’histoire des lieux de consommation alimentaire fut aussi largement évoquée, tant pour la Russie des années 1930 (F.-X. Nerard), que pour l’émigration parisienne (A. Nercessian), ou la Moscou de Loujkov (G. Roberts).

Les communications présentées se complétèrent utilement et donnèrent la possibilité aux littéraires et aux historiens de débattre à la lumière du croisement de leurs sources respectives. Les problèmes de l’abondance ou, au contraire, du manque, de l’instrumentalisation de leur représentation par le pouvoir, ou de l’utilisation du discours alimentaire, réel ou fantasmé, comme arme d’opposition au réel et au pouvoir politique, ou comme instrument du discours national ou du débat littéraire, furent ainsi au centre des discussions.

Les journées d’étude « Manger russe » feront l’objet d’une publication en français, sous la forme d’un numéro spécial de la Revue russe, à paraître en 2015 sous la direction de Rodolphe Baudin.

Rodolphe Baudin
Université de Strasbourg