Nos tutelles

CNRS

Rechercher




Accueil > Publications > Revue des études slaves > Sommaires et résumés > RES 88/3 (2017)

Résumés

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le

CHMELEWSKI Mireille

Pierre Kazimirovič Meyendorff, Russian Ambassador, Mentor of the young Ivan Sergeevič Gagarin. Publication of Seven Letters (1835-1838)

For Meyendorff, the purpose of the letters is primarily to guide prince Ivan S. Gagarin towards a career in diplomacy despite his family’s reluctance towards it. After paving a way for the young man, Meyendorff continues to correspond with him. He becomes his mentor and guides his student through potential traps both inherent to the profession in general and the specificities of Nicolas I’s Russia.
Because the letters were transmitted neither by postal services nor diplomatic bag, but rather entrusted to reliable travellers, Meyendorff’s letters are an open and frank conversation, in which he shares his political analysis of some European countries he knows well : Spain, England, German countries, and France. A keen historian, much like many diplomats, Meyendorff finds in Gagarin a propitious level of culture and an open mind, favourable to his thoughts. Because these letters are private, they present a great opportunity : their author is a proficient observer, analyst and political forecaster, and he is sharing his vision of the world in the first half of the 19th century.

Pierre Kazimirovič Meyendorff, ambassadeur de Russie, mentor du jeune Ivan Sergeevič Gagarin. Publication de sept lettres (1835-1838)

Meyendorff guide le prince Ivan S. Gagarin vers la carrière diplomatique malgré les réticences de sa famille. Il devient son mentor et signale à son disciple les pièges inhérents à la profession et ceux que génèrent les conditions particulières de la Russie sous Nicolas Ier.
Le courrier n’emprunte ni les voies de la poste ni celles de la valise diplomatique, il est confié à des voyageurs sûrs et les lettres de Meyendorff deviennent une conversation « à cœur bien ouvert », au cours de laquelle il livre son analyse de la politique des pays d’Europe qu’il connaît bien, l’Espagne, l’Angleterre, les Pays allemands et la France. Féru d’histoire, la science de prédilection des diplomates, il trouve en Gagarin un écho favorable, une culture suffisante et un esprit réceptif. Si cette correspondance est privée, elle présente l’avantage d’avoir pour auteur un professionnel de l’observation, de l’analyse et de la prévision, qui nous fait partager sa vision du monde dans la première moitié du XIXe siècle.


COMTET Roger

Viktor Maksimovič Žirmunskij (1891-1971) during the years 1914-1924

The spiritual and scientific itinerary of Viktor Maksimovič Žirmunskij (1871-1891) during the decade 1914-1924 was as important for him as for Russia’s destiny. The paper examines his years of formation as a Germanist in Saint-Petersburg university, including the Roman-Germanic Circle, birthplace of the future Russian formalism, strongly influenced by Veselovskij and Vengerov ; his thesis, ‘The German romanticism and contemporary mystic’, is illuminated by spirituality and shows a deep passion for symbolism and acmeism which he analyses, connecting message and stylistics. From 1918 his career at university was first involved in the Formalist movement, especially thanks to Èjxenbaum, till 1924 ; finally he withdrew from the movement as his own conception of literature was more linked with the message and the spirit of the time. His thesis about Byron and Puškin (1924) shows a new orientation towards compared literature, and furthermore new horizons which can be already noticeable in his former formation.

Viktor Maksimovič Žirmunskij (1891-1971) : les années 1914-1924

La décennie 1914-1924 fut aussi décisive pour Viktor Maksimovič Žirmunskij (1891-1971) que pour le destin de la Russie. Germaniste formé à l’université de Saint-Pétersbourg, il y participe au Cercle romano-germanique, berceau des futurs formalistes russes, sous l’influence de Veselovskij, Vengerov et des esthéticiens allemands ; la spiritualité illumine sa thèse de 1913 « Le romantisme allemand et la mystique contemporaine » et révèle une vraie passion pour la poésie, le symbolisme, puis l’acméisme qu’il va analyser en liant message et stylistique. À compter de 1918, sa carrière universitaire est d’abord, jusqu’en 1924, inséparable de celle des formalistes, en particulier Èjxenbaum ; il finit par rompre avec eux du fait d’une conception de la littérature plus orientée vers le contenu et l’esprit de l’époque. Sa thèse sur Byron et Puškin de 1924 marque un tournant vers la littérature comparée, puis vers d’autres horizons déjà en germe dans sa formation.


HALPERIN Charles J.

The Atheist Director and the Orthodox Tsar : Sergei Eisenstein’s Ivan The Terrible

Because Stalin’s cult of Ivan the Terrible failed to impose uniformity on representations of Ivan by historians and artists, Sergei Eisenstein could choose how to deal with religion in sixteenth-century Muscovy. Some contemporary critics and later scholars have noted how religious ‘Ivan the Terrible’ is, but no one interpreted what message Eisenstein sought to convey by presenting Ivan, his supporters and lay opponents as religious, and all clergy and affiliates of the Russian Orthodox Church as enemies of Ivan and of Russia.
Eisenstein’s depiction actually argues that lay piety neither guaranteed nor precluded patriotism. but professional piety, even that of a saint of the Russian Orthodox Church, Metropolitan Philip, virtually precluded patriotism. Eisenstein’s uncompromisingly hostile attitude toward the Russian Orthodox Church stands in sharp contrast to the Soviet government’s policy of compromise toward the Church at the time Eisenstein wrote his screenplay and filmed Part I.

Le metteur en scène athée et le tsar orthodoxe : Ivan le Terrible de Sergej Èjzenštejn

Le culte d’Ivan le Terrible qu’instaura Staline ne parvint pas à uniformiser les représentations historiques et artistiques du tsar. Èjzenštejn fut ainsi libre de traiter comme il le voulait le thème de la religion dans la Moscovie du XVIe siècle. Certains critiques contemporains et, plus tard, des universitaires ont remarqué combien la religion imprégnait Ivan le Terrible, mais aucun d’entre eux n’essaya d’interpréter ce qu’Èjzenštejn voulait signifier en présentant Ivan, ses affiliés et les laïcs de l’opposition comme un groupe pieux, et tout le clergé et ses affidés de l’Église orthodoxe russe comme des ennemis d’Ivan et de la Russie. Son idée était que la piété populaire ne s’accompagnait pas forcément de sentiments patriotiques, mais ne les excluait pas non plus, alors que la piété « professionnelle », fût-elle celle d’un saint russe orthodoxe comme le métropolite Philippe, les écartait d’emblée. L’hostilité intransigeante d’Èjzenštejn à l’encontre de l’Église orthodoxe russe est aux antipodes de la politique de compromis menée par le gouvernement soviétique au moment où le réalisateur rédigeait son scénario et tournait la première partie du film.


KOUDRIAVSTEVA-VELMANS Olessia

Animal – Divine – Human in the Sacred Bronze Sculpture of the Kama. Hybridizations between the Image and the Word through Eurasia

The small decorative sculptures, created primarily in bronze between 1st and 12th centuries and discovered near the Kama and its tributaries are known as ‘the animal style of Perm’. They represent numerous animals, but there are doubts on the validity of this widespread expression. The man-animal which is the principal figure of these sculptures in its various and multiple forms is not a simple illustration of the myth. It represents a sort of plastic myth whose interpretations are carried out through folkloric studies, such as myths, fairy tales, expressions and words that refer to the different languages and cultures.

Animal – Divin – Humain dans les bronzes sacrés de la Kama. Hybridations entre l’image et la parole à travers l’Eurasie

Les petites sculptures ornementales créées essentiellement en bronze entre les ier et xiie siècles et découvertes à proximité de la Kama et de ses affluents sont connues sous le nom du « style animalier de Perm ». Elles représentent, en effet, de nombreux animaux, tout en posant la question de la validité du terme répandu. L’homme-animal, figure principale des bronzes de la Kama dans ses formes diverses et multiples, ne se voit pas comme une simple illustration du mythe, mais plutôt comme un mythe plastique dont la lecture à travers l’étude de la création orale, comme les mythes, contes, expressions et mots, met en jeu des langues et cultures très diverses.


NIQUEUX Michel

Pierre Pascal and the Union of Churches (according to his articles of Slovo istiny, 1917)

Presentation and publication of five articles published by P. Pascal in the ortodox-catholic journal Slovo istiny (Petrograd). About articles of S. Solov′ev, S. Bulgakov, Dm. Boldyrev, V. Zavitnevič, P. Pascal, who as S. Solov′ev sees no dogmatic obstacles to the union of Churches, defends a ‘unionist’ conception of it (recognition of the primacy of the Bishop of Rome, maintaining by each Church its rites). A final article is devoted to a recension of a book by Prugavin on xlysty, that Pascal is delighted to see rehabilitated. The article makes it possible to complete the notations of Pascal’s diary on his relations with the ‘Catholic Russians of slavic rite’.

Pierre Pascal et la réunion des Églises (d’après ses articles de Slovo istiny, 1917)

Présentation et publication de cinq articles publiés par Pierre Pascal en 1917 dans la revue « orthodoxe-catholique » de Petrograd Slovo istiny. À propos d’articles de S. Solov′ev, S. Bulgakov, Dm. Boldyrev, V. Zavitnevič, P. Pascal qui, comme S. Solov′ev, ne voit pas d’obstacles dogmatiques à la réunion des Églises, défend une conception « unioniste » de celle-ci (reconnaissance de la primauté de l’évêque de Rome, conservation par chaque Église de ses rites). Un dernier article est consacré à un compte rendu d’un livre de A. S. Prugavin sur les xlysty, que P. Pascal se réjouit de voir réhabilités. L’article permet de préciser les notations du Journal de P. Pascal sur ses relations avec les « Russes catholiques de rite slave ».


TOKAREV Dimitri

‘Unnoticed’ Russian auditors (Gordin, Tarr, Poplavskij) at Alexandre Kojève’s Hegelian seminar at the École pratique des hautes études, 1933-1939

The article focuses on three Russian students of Alexandre Kojève’s seminar on Hegel at the École pratique des hautes études in Paris, 1933-1939. If these personalities are of interest per se, the point is also to find out why the seminar, which was attended by young French intellectuals (Lacan, Merleau-Ponty, Bataille, Queneau and others), seems to have been generally ignored by Russian émigré milieus. A thorough analysis of the intellectual background of these Russian students (a philosopher, a journalist and a poet) helps to clarify their personal motivation in joining the seminar as well as to enhance a better understanding of the reasons of its ‘unnoticedness’.
A particular attention is paid to an article Kojève published in 1929 in the magazine of the Eurasian movement. Approving here the repressive politics of the Bolshevist government against the philosophy, Kojève lays the foundations of a dialectics of Terror that he will further develop at his lectures.

Les auditeurs russes « inaperçus » (Gordin, Tarr, Poplavskij) du séminaire hégélien d’Alexandre Kojève à l’École pratique des hautes études, 1933-1939

L’article est consacré à trois auditeurs russes du séminaire sur Hegel assuré par l’émigré russe Alexandre Kojève à l’EPHE en 1933-1939. Outre l’intérêt que suscitent ces personnages de l’émigration russe en France, la question est de savoir pourquoi le séminaire, fréquenté par des jeunes intellectuels français (Lacan, Merleau-Ponty, Bataille, Queneau et d’autres), semble avoir joui d’une faible visibilité dans les milieux intellectuels émigrés russes. Un examen détaillé des parcours des auditeurs russes en question (un philosophe, une journaliste et un poète) permet donc de mieux comprendre non seulement leur motivation mais aussi les raisons pour lesquelles le séminaire kojévien s’est trouvé être un grand absent de la vie intellectuelle russe émigrée.
On analyse de plus un article de Kojève qu’il a publié en 1929 dans le journal du mouvement eurasien et où il approuve la politique répressive du Parti bolcheviste envers la philosophie. Nous le lisons à la lumière de la dialectique de la Terreur que Kojève développe ultérieurement lors de ses cours sur Hegel.