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Accueil > Publications > Revue des études slaves > Sommaires et résumés > RES 88/4 (2017)

Résumés

par Astrid Mazabraud - publié le

BALÁZS Eszter

Paris or Weimar ? Hungarian Writers’ and Intellectuals’ Early Dilemmas in the Construction of their War Culture During WWI

In his famous “Paris or Weimar”, Béla Balázs broke off with Paris and the francophilie of his generation. He was not the only one to do it : in the literary journals known for their French orientation as A Hét or Nyugat, or in the daily Világ, authors unanimously announced this rupture with France. However, a more detailed analysis of these journals reveals more nuanced opinions, reflecting « disappointed love » or deep regret. Among conservative or Catholic writers, rejection of France was differently articulated at the beginning of WWI : the former generally kept a low-profile while the latter aroused in a violent Francophobia. Based on literary journals, a few dailies and correspondences and diaries, the article thus reveals the intellectual positions implicitly present in this discourse of complex rupture, and the specificities of the Francophilia rejected during these first years of mobilization.

Paris ou Weimar ? Les premiers dilemmes des écrivains et intellectuels hongrois dans la construction de leur culture de guerre pendant la Première Guerre mondiale

Dans « Paris ou Weimar », un essai fameux publié fin août 1914 dans la revue Nyugat, Béla Balázs rompait avec Paris et la francophilie de sa génération. Il n’était pas le seul à le faire : dans les journaux littéraires connus pour leur orientation française comme A Hét ou Nyugat, ou bien dans le quotidien Világ, les auteurs lui emboîtèrent le pas unanimement. Cependant une analyse plus fine de ces journaux partisans de l’autonomie littéraire avant l’éclatement de la guerre laisse apercevoir des opinions plus nuancées : celles qui témoignent, par exemple, d’un amour déçu ou d’un regret profond. Chez les écrivains conservateurs ou catholiques, le rejet de la France s’articulait différemment. S’appuyant sur des revues littéraires, quelques quotidiens et des correspondances et journaux intimes, l’article dégage ainsi les positions intellectuelles implicitement présentes dans ce discours de rupture complexe, et les spécificités de la francophilie rejetée pendant ces premières années de mobilisation.


DĂNCILĂ Andreea

Private Public Letters. An Ambiguous Epistolary Genre of the Transylvanian Romanians in the First World War

The article presents how the Great War was narrated through the letters sent from the front by the Romanian soldiers and published in the main Transylvanian political newspapers. Written in an exceptionally time and in the proximity of the historical event they narrate, thus having the authority of the direct experience, these letters allow us to identify the ideological layers accumulated over time on the image of the war, deforming the experience of the soldiers.
These war letters significantly show the intensity of mobilization and propaganda in the early phase of the military conflict, the process of ethnical identification in a multicultural region with many wavering loyalties and especially the peculiarities brought by the Romanian soldiers from Transylvania in the Great War writing.

Les lettres privées publiques. Un genre épistolaire ambigu des Roumains de Transylvanie dans la Première Guerre mondiale

L’article présente la manière dont la Grande Guerre a été racontée à travers les lettres envoyées du front par les soldats roumains et publiées dans les principaux journaux politiques de Transylvanie. Écrites dans un temps exceptionnel et à proximité de l’événement historique qu’elles racontent, ayant ainsi l’autorité de l’expérience directe, ces lettres nous permettent d’identifier les couches idéologiques qui se sont accumulées au fil du temps sur l’image de la guerre, déformant l’expérience du front et du combat de ces soldats. Ces lettres de guerre représentent des témoignages significatifs pour la dynamique de la mobilisation et de la propagande dans la première phase du conflit militaire, pour le processus d’identification ethnique dans une région multiculturelle avec de nombreuses loyautés hésitantes et surtout pour les particularités que la voix des soldats roumains de Transylvanie apporte dans l’écriture de la Grande Guerre.


DMYTRYCHYN Iryna

The Peasant Tragedy in the Ukrainian War Story

The story of WWI within Ukrainian literature is above all the story of the sufferings endured by peasants : they had to endure the weight of fights or of occupation, when they were not kicked out from their devastated houses.
This focus can also be explained by realist literature inclination for peasant’s life description, for this existence made of misery and ignorance. However, among numerous texts dedicated to rural life in wartime, few of them are written following the pure realist canon : they already bear the print of modernism, testifying to the evolution of their authors.
Between V. Stefanyk, O. Kobyljans′ka, O. Makovey or M. Čeremšyna’s short stories (those concerning the war are gathered in two cycles with significant titles : “The village suffer” and “The village is dying”), we can follow peasants’ life from the enrolment in the imperial army to the approach of the front line, their hesitation between leaving or staying, the fights, the troops passage or their stationing in villages, the unknown and the ignorance about the fate of their relatives, etc.

La tragédie paysanne dans le récit de guerre ukrainien

Le récit de la Première Guerre mondiale dans la littérature ukrainienne est avant tout l’histoire des souffrances endurées par les paysans : ils devaient supporter le poids des combats ou de l’occupation quand ils n’étaient pas chassés de leurs demeures dévastées.
Cette focalisation s’explique aussi par l’attachement de la littérature réaliste de l’époque à la description de la vie des paysans, de cette existence faite de misère et d’ignorance. Cependant, parmi les nombreux textes consacrés à la vie au village pendant la guerre, peu sont écrits dans le canon réaliste pur : ils portent déjà l’empreinte du modernisme, témoignant de l’évolution de leurs auteurs.
Entre les nouvelles de V. Stefanyk, O. Kobyljans′ka, O. Makovey ou M. Čeremšyna (dont les nouvelles sur la guerre sont regroupées dans deux cycles aux titres significatifs “Le village souffre” et “Le village se meurt”), on peut suivre la vie des paysans à partir du recrutement dans l’armée impériale, l’approche de la ligne du front avec le choix entre partir ou rester, les combats, le passage des troupes ou leur stationnement dans le village, l’inconnu et l’attente de connaître le sort des proches, etc.


DUDEKOVÁ KOVÁCEVÁ Gabriela

The Silent Majority : Attitudes of Non-prominent Citizens at the Beginning of the Great War in the Territory of Today’s Slovakia

During the last decade, research on WWI in Slovakia examined, among others, the issues of everyday life of the civilian population and the process of loyalty changes in this time period. Conclusions of this research disrupted the conventional idea of German and Hungarian war enthusiasm on one side, and resistance towards the war among Slovaks and Czechs on the other. The paper examines these new conclusions on the basis of unused sources of personal character (correspondence, memoirs) as well as official documents about the population’s attitudes.
Social position and the level of existential threat during the war had a significantly larger impact on general population attitudes and on the process of changing loyalties than ethnicity. However, the evaluation of loyalty levels based on ethnicity was a core concept in tracking loyalty of soldiers and civilians in the Habsburg Monarchy. Social stratification and the phenomenon of “silent majority”, i.e. why the majority was passive and which factors disrupted this status, show to be more significant and productive for research of changing loyalties during war.

La majorité silencieuse : attitudes des citoyens ordinaires au début de la Grande Guerre sur le territoire de l’actuelle Slovaquie

Ces dix dernières années, l’historiographie de la Première Guerre mondiale en Slovaquie a examiné la vie quotidienne des civils et la question des changements de loyauté, remettant en question l’idée reçue opposant le bellicisme allemand et hongrois au scepticisme des Slovaques et Tchèques face à la guerre. L’article examine ces nouvelles conclusions à partir de nouvelles sources : écrits intimes (correspondance, mémoires) comme rapports officiels sur le moral de la population.
Plus que l’ethnicité, ce sont la position sociale et le degré de la menace que faisait peser la guerre sur les existences qui ont exercé une influence sur les changements de loyauté et les attitudes de la population en général. Pourtant, c’est cette même ethnicité qui se trouve au cœur des interprétations de la loyauté des soldats et des civils dans la Monarchie des Habsbourg. En réalité, la stratification sociale et le phénomène de « majorité silencieuse » (la passivité de la masse et ce qui la renverse) se montrent des éléments plus significatifs et féconds pour cerner les changements de loyauté.


HUTEČKA Jiří

“Looking Like the Other Guys” : the 1914 Mobilization as a Masculine Experience in Czech Soldiers’ Writings

The article analyses the key motivations of Czech-speaking soldiers of the Austro-Hungarian army at the beginning of the Great War, finding an important connection between their masculine identity and contemporary gender discourse. While loyalty of Czech soldiers to the Empire is often questioned, it is obvious that many of them were loyal to the image of war as a masculine enterprise : they considered the wartime society divided into the gendered spaces of war (the “front”) and peace (the “home”). By deliberately submitting themselves to the social pressure of collective behavior, and relying on the brevity of war, they hoped that it would bring them all the social capital attached to the hegemonic discourse of masculinity : status, power, access to resources and women. Although this motivation was usually not put in the foreground, their personal accounts make it clear it has played an important role in making them to follow the mobilization orders in July and August 1914.

« Ressembler aux autres gars ». La mobilisation de 1914 comme expérience de la masculinité dans les écrits des soldats tchèques.

L’article analyse les principales motivations des soldats tchécophones de l’armée austro-hongroise au début de la Grande Guerre. Il existe un lien étroit entre leur identité masculine et les stéréotypes de genre de l’époque. Même si leur loyauté est souvent remise en question, ils considéraient la guerre comme une entreprise masculine. Ils pensaient qu’en temps de guerre, la société était divisée en deux espaces genrés, celui de la guerre (le front) et celui de la paix (le foyer). En se soumettant délibérément à la pression sociale exercée par les comportements collectifs, et persuadés que la guerre serait courte, ils espéraient bénéficier du capital social attaché au discours hégémonique de la masculinité : le statut social, le pouvoir, l’accès aux ressources et aux femmes. Quoique cette motivation ne fût d’ordinaire pas mise en avant, leurs récits personnels rendent évident le fait qu’elle pesa lourd dans leur décision de suivre les ordres de mobilisation en juillet et août 1914.


LESTI Sante

One Writer, many Writings. The War Diary and Letters of Guerrino Botteri

The article examines the entrée en guerre of Italian-speaking soldiers of Austria-Hungary through the multiple war writings of Guerrino Botteri, an infantry soldier from Trentino serving in the 2nd Landesschützen Regiment (Bozen). These include his war diary ; his letters to his wife Anselma Ongari ; his letters to his family of origin ; and his letters to his brother-in-law Valerio Ongari. Each writing served its own purposes. For Guerrino, writing to his wife Anselma meant communicating his love, reinforcing his and his wife’s faith, and reassuring her that his life was not in danger. The main purpose of Guerrino’s letters to his mother and sisters was to reassure them as well, while that of his letters to his brother-in-law Valerio was to share his war experience. Sharing his war experience was also one of the two main purposes of Guerrino’s daily memoirs, along with explaining his war experience to himself.

Un écrivain, beaucoup d’écrits. Le journal de guerre et les lettres de Guerrino Botteri

L’article examine l’entrée en guerre des soldats italophones de l’Autriche-Hongrie à travers les multiples écrits de guerre de Guerrino Botteri, un soldat d’infanterie originaire du Trentin servant dans le 2e régiment de fusiliers de campagne (Landesschützen), basé à Bozen.Il faut y compter son journal de guerre, ses lettres à sa femme, Anselma Ongari, ses lettres à sa famille d’origine, et ses lettres à son beau-frère, Valerio Ongari. Chaque écrit avait une finalité propre. Pour Guerrino, écrire à sa femme Anselma, c’était lui dire son amour, consolider leur foi et la rassurer sur sa sécurité. Les lettres à sa mère et ses sœurs avaient elles aussi pour but de les rassurer, tandis qu’avec son beau-frère, il partageait son expérience de guerre. C’est ce dernier dessein aussi qu’il poursuivait dans son journal, en même temps qu’il essayait de comprendre cette expérience.


MÜLLER Judith

Stefan Zweig and David Fogel : Two Jewish Writers in Vienna at the Dawn of World War One

The article discusses the distinct experiences of two Jewish writers in Vienna throughout the first weeks and months of World War One and explore how they reflect on it in their writing. David Fogel arrived in Vienna only in 1913 whereas Stefan Zweig was born in the Austrian capital and grew up within a rather protected bourgeois environment. Nevertheless, they do not necessarily represent two specific Jewish social groups, but followed individual paths. The article sheds light on the two writers’ connection to the city of Vienna, their (literary) languages and the topos of isolation in their work. With those aspects in mind, their writing about and during the war will be explored. After comparing their specific experiences and the resulting writing, it is concluded that Fogel did not necessarily write the war even at time of war whereas Zweig did write the war from different perspectives, depending on the time and the expected audience.

Stefan Zweig et David Fogel : deux écrivains juifs à Vienne au début de la Première Guerre mondiale

L’article présente les parcours viennois de deux écrivains juifs durant les premières semaines de la Première Guerre mondiale en s’appuyant sur leurs écrits. David Fogel était arrivé dans la capitale impériale en 1913 tandis que Stefan Zweig y était né et y avait grandi dans un environnement bourgeois plutôt protégé. Cependant, aucun des deux ne figure un groupe social défini parmi les juifs car chacun suit un parcours individuel. L’article met en lumière leur relation à la ville, leur langue (littéraire) et le topos de la solitude dans leur œuvre. C’est à partir de ces axes qu’est relu ce qu’ils ont écrit sur la guerre et durant celle-ci. Ainsi voit-on que Fogel ne s’en préoccupe guère, tandis que Zweig l’aborde selon des perspectives changeantes, différant selon le temps et le public visé.


NIQUEUX Michel

Panorama of the translation in French of the Russian minores

Bibliography of translations in French, from the nineteenth century to present day, of Russian writers (novelists or short story writers) considered as secondary authors (minores), but often very popular in their time, according to the following sections :
Authors of the first half of the XIXth century ; realistic authors of the second half of the XIXth century ; historical novels ; literature for young people ; authors of the first emigration ; fellow travelers ; authors of socialist realism.
Although the minor writers are relatively well represented in old and recent translations (thanks to small publishers), the real Russian literary field is still far from being well known.

Panorama de la traduction en français des minores russes

Bibliographie des traductions en français, du XIXe siècle à nos jours, des auteurs russes (romanciers ou nouvellistes) dits secondaires (minores), mais souvent très populaires de leur temps, selon les rubriques suivantes :
Auteurs de la première moitié du XIXe siècle ; auteurs réalistes de la deuxième moitié du XIXe siècle ; romans historiques ; littérature pour la jeunesse ; auteurs de la première émigration ; compagnons de route ; auteurs du réalisme socialiste.
Bien que les écrivains de second rang soient relativement bien représentés dans les traductions anciennes ou récentes (grâce à de petits éditeurs), le champ littéraire russe réel est encore loin d’être bien connu.


PIAHANAU Aliaksandr

A Priest at the Front. Jozef Tiso Changing Social Identities in the First World War

This paper investigates the Great War experience and social identities of the young Catholic priest from Austria-Hungary, Dr. Jozef Tiso. Born in 1887, Tiso became President of the Nazi-Germany-allied Slovakia in 1939-1945, and was executed by the Czechoslovak justice in 1947. This study mainly uses (and compares) Tiso’s diary, written during his service in the Habsburg army at the Austro-Russian front in 1914, and his 1946 affidavit to the Czechoslovak investigators. Exploring his many-folder identity, we challenge the two dominant views that, before 1918, Tiso felt himself either a Slovak nationalist or a Magyar nationalist. We conclude that the social identity of Jozef Tiso in WWI consisted of two main categories : Catholic priest and Austro-Hungarian patriot. These categories coexisted and intertwined with those of Slovak sympathizer and Hungarian citizen.

Un prêtre au front. Les identités sociales changeantes de Jozef Tiso pendant la Première Guerre mondiale

Cet article porte sur l’expérience de la Grande Guerre et les identités sociales du jeune prêtre austro-hongrois Jozef Tiso. Né en 1887, Jozef Tiso deviendra en 1939-1945 Président de la Slovaquie, alors alliée à l’Allemagne nazie, et sera exécuté par la justice tchécoslovaque en 1947. Cette étude mobilise et compare le journal intime de Tiso écrit pendant son service dans l’armée des Habsbourg sur le front austro-russe en 1914, et son affidavit de 1946 devant l’instruction tchécoslovaque. En explorant ses identités multiples, nous remettons en question les deux interprétations dominantes selon lesquelles, avant 1918, Tiso se considérait soit nationaliste slovaque soit nationaliste magyar. Nous concluons que l’identité sociale de Jozef Tiso pendant la Grande Guerre relevait de deux catégories principales : prêtre catholique et patriote austro-hongrois. Ces deux catégories coexistaient et interagissaient avec celles de sympathisant slovaque et citoyen hongrois.