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Accueil > Publications > Revue des études slaves > Sommaires et résumés > RES 89/1-2 (2018)

Résumés

par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le

ARTYUSHKINA Olga

To i delo and net-net (da) i : Two Complex Markers of Frequency in East Slavic Languages

The paper deals with the frequency markers net-net (da) i and to i delo in Russian and their equivalents in Belorussian and Ukrainian, that can be antonymous or quasi synonymous in different contexts. The complex semantics of these markers strongly depends on the temporal and aspectual form of the verb which will define the perception of the frequency : the action can be presented as an individual occurrence only with net-net or be viewed as their homogeneity as a sum of repeated actions with both markers.

To i delo et net-net (da) i : deux marqueurs complexes de la fréquence dans les langues slaves orientales

Les marqueurs de fréquence russes net-net (da) i et to i delo, ainsi que leurs équivalents biélorusses et ukrainiens, peuvent fonctionner comme antonymes ou quasi-synonymes selon le contexte. La sémantique complexe de ces marqueurs est étroitement liée au temps et à l’aspect du verbe qui définissent la perception de la fréquence : seul net-net permet d’individualiser l’occurrence, mais les deux marqueurs permettent d’envisager l’action rétrospectivement dans son homogénéité.


AZAM Olivier

When Lexical Meaning and Aspectual Semantic Invariant are too Close… Analysis of some Paradoxical uses of the Aspects of the verba manendi in Contemporary Russian

The aspectual syntax of the verba manendi, (verbal concepts meaning ‘staying’ or ‘lasting’ such as оставаться/остаться, пре­бы­вать /пребыть, затягиваться/затянуться, дли­ть­­ся/продлиться), presents a number of paradoxes. 1) Focusing on the process, these verbs’ lexical meanings cover the semantic invariant of the imperfective form. Though these verbs can be used in the perfective form. 2) Their perfective form has the quite unique ability to combine with complements of duration (Cобрание долго затянулось, я долго останусь). 3) Native speakers intuitively perceive the future and the infinitive of the imperfective form (буду оставаться) as an expression of limited time, and the perfective form (останусь) as an expression of defined time (‘I will stay (until the end)’).
This study accounts for these paradoxes and reinforces the view that a strong interference between the lexical meaning of a verbal notion and the semantic invariant of each aspect is able to modify the conventional rules of aspectual syntax.

Quand le sens lexical est trop proche de l’invariant sémantique de l’aspect. Quelques paradoxes de la syntaxe des aspects des verba manendi en russe moderne

La syntaxe des aspects des verba manendi, notions verbales signifiant « rester » ou « durer » (оставаться/остаться, пребывать/пребыть, затягиваться/затянуться, дли­ть­ся /продлиться), présente un certain nombre de paradoxes qui font de ces notions un groupe de verbes tout à fait particulier. 1) Bien que leur sens lexical recouvre l’invariant sémantique de l’imperfectif (focalisation sur le procès), ces verbes s’emploient au perfectif. 2) Leur perfectif peut se combiner avec un vrai complément de durée (Cобрание долго затянулось, я долго останусь). 3) Au futur et à l’infinitif, les russophones ont tendance à percevoir leur imperfectif (буду оставаться) comme exprimant une durée limitée et à voir dans leur perfectif (останусь) l’expression d’une durée définitive.
Notre étude rend compte de ces paradoxes en rappelant à quel point une forte interférence entre le sens lexical de la notion verbale et l’invariant sémantique aspectuel peut modifier les règles habituelles de la syntaxe de l’aspect.


BELIAKOV Vladimir, STOSIC Dejan

Manner of Displacement Verbs in Russian

This paper deals with Russian verbs expressing displacement in space, but which do not belong to the category of ‘motion verbs’ as it is traditionally defined in the literature. More specifically, we attempt to delineate the class of verbs indicating the manner of displacement, by highlighting semantic features that activate the manner component in their meaning. Our aim is to show that at the lexical level, the concept of manner is made up of a small set of more basic semantic parameters which provide a basis for explaining both differences and similarities within the class of manner of displacement verbs in Russian.

Les verbes exprimant la manière de se déplacer en russe

Dans le présent article, nous nous intéressons aux verbes russes qui indiquent le déplacement d’une entité dans l’espace, mais qui ne relèvent pas de la catégorie des « verbes de mouvement » telle que définie dans la littérature spécialisée. Plus précisément, nous nous proposons de délimiter la classe des verbes de manière de se déplacer en mettant en évidence des traits lexicaux qui activent l’interprétation de manière. Notre objectif est de montrer qu’au niveau lexical, le concept de manière est constitué d’un faisceau de paramètres sémantiques élémentaires qui permettent de rendre compte à la fois des différences et des ressemblances existant au sein des verbes de manière de se déplacer.


BERNITSKAÏA Natalia, ROUDET Robert

The Semantico-Grammatical Structure of the Clause Pattern Ему лишь бы машина была

In this essay, we examine a clause pattern which, up to now, has been paid very little attention. The general formula of this pattern could be expressed in this way : Dative + liš′ by + P. P can be a nominative clause (Emu liš′ by mašina byla), an infinitive (Emu liš′ by napit′sja) or a nominal clause (Emu liš′ by den′gi). The status of each of these three components will be considered but special attention will be given the last one (P), because here we have quite a number of possibilities. This study aims to see to what extent we have a stable syntactic structure and we shall reach the conclusion that this pattern represents a kind of clause to be included in the dative clauses in spite of the frequent presence of a subject in the strict sense of the term (grammatical subject in the nominative). We shall also examine the potential equivalence of liš′ by and tol′ko by. As we proceed in our study, the correlation between the formal aspect, it is to say the possible variants of the general pattern, and the resulting semantics, will be examined.

La structure sémantico-grammaticale des propositions du type Ему лишь бы машина была

Nous étudierons ici un type de proposition dont la formule générale peut être donnée par : Datif + liš′ by + P. P peut être : une proposition nominative (Emu liš′ by mašina byla), un infinitif (Emu liš′ by napit′sja) ou une proposition nominale (Emu liš′ by den′gi). Le statut de chacun des trois composants sera examiné en détail mais une attention particulière sera accordée à P, car ici les possibilités sont assez variées. L’un des buts de cet examen est de voir dans quelle mesure on a ici une structure syntaxique stable et nous arriverons à la conclusion que ce schéma représente un type de proposition à inclure dans les propositions datives. Nous examinerons également l’équivalence potentielle de liš′ by et de tol′ko by. Malgré une quasi synonymie de ces deux éléments, certaines différences seront mises au jour. Tout au long de ce travail, les liens entre le côté formel, c’est-à-dire les variantes possibles du schéma général, et la sémantique résultante seront soigneusement examinés.


BOISSERIE Étienne

A Historiography on the Move. One Century of Great War studies in the Czech Lands.

WWI Czech historiography was long organized according to a narrative that was commanded by the newly created State’s authority. It underlined the role played by the Czech action abroad – both civilian and military – and paid little attention to the civilian population. The socialist period marked a radical – and then more moderated – turn in the importance devoted to the Czech action abroad and concentrated on the role played by the Great socialist October revolution in the process that led to the creation of the State. Meanwhile, a quantitative approach, focused on the repressive dimension of the Austrian policy abundantly documented the economic and social turmoil of the two last years of war.
From the end of the 1990s onwards, this historiography is part of the general renewal of WWI studies and pays great attention to the home front and ‘war culture’ ; themes diversify and some of the main narratives are reassessed. This paper observes this evolution and evokes some still un- or underexploited fields of research.

Une historiographie en mouvement. Un siècle d’études de la Grande Guerre en Pays tchèques

L’historiographie tchèque de la Grande Guerre s’est longtemps organisée en fonction de la grande narration initiale qui soulignait l’importance décisive de l’action extérieure aussi bien civile que militaire et, selon un schéma que l’on retrouve chez d’autres belligérants, évoquait peu la situation de la population civile. La période socialiste est marquée par une remise en cause totale puis plus modérée de l’importance de l’action extérieure tchèque et par la mise en valeur de la révolution d’Octobre dans le processus de création de l’État. Dans le même temps, une approche plutôt quantitative et centrée sur la dimension répressive de la politique autrichienne a abondamment documentée les troubles économiques et sociaux des deux dernières années du conflit. À partir de la fin des années 1990, les objets se diversifient et certains grands récits sont remis en cause. Cet article se propose d’observer cette évolution dans ces trois grands temps et de s’interroger sur l’étude de champs encore peu exploités dans l’étude la Grande Guerre en Pays tchèques.


BOTTINEAU Tatiana

The Analysis of the Russian Particle ved′ as a Discursive Marker, or the Power of the Knowledge

The Russian verbal particle ved′ is analyzed as a discursive marker envisaged in its wide contextual environment with the enunciative point of view. The semantic identity of ved′ can be defined through the description of the regular discursive processes. First, ved′ sets up the opposition between two points of view, explicitly or implicitly present in the context. One point of view is subjective, the other one is objective. Secondly, ved′ operates the resorption of this alterity through its etymological value intrinsically linked with the notion of ‘knowledge’. Both implicit operations occur at the same time. The modus operandi of ved′ exceeds that of a simple connector which works in the syntactic domain. We propose to investigate ved′ in an enunciative perspective to determine the discursive ways of the expressiveness given to this particle by the authors.

L’analyse de la particule russe ved′ en tant que marqueur discursif, ou la force du savoir

Analysée d’un point de vue énonciatif, la particule verbale ved′ est envisagée en tant que marqueur discursif. L’approche pratiquée implique l’étude de ses emplois dans un environnement contextuel large et vise à démontrer que la variation sémantique de ved′ s’inscrit dans des configurations discursives constantes et régulières. L’identité sémantique de la particule se définit, dans un premier temps, par la mise en place d’une altérité opposant deux points de vue concurrents, l’un subjectif, l’autre objectif, sur la situation existante. Cette altérité est, dans un second temps, résorbée avec le recours à la notion de « savoir » intrinsèque au sémantisme de ved′. Les deux opérations mentales se réalisent simultanément et relèvent du plan de l’énonciation. Le mode opératoire de ved′ dépasse celui d’un simple connecteur travaillant dans le domaine de la syntaxe et obéit aux mécanismes discursifs qui déterminent la dimension expressive accordée à cette unité par les auteurs.


DECOURT Laetitia

Brigands and Songs : cultural transfer and the Slavic ‘others’ in Russian romantic prose

Cultural transfer has often been defined by analogy with literary translation, probably because they both involve what Victor Hugo called a process of ‘annexation’. With the ‘fragments of a Ukrainian tale’ entitled Gajdamak (1826-1827) by Orest Somov and the novella « Pan Tvardovskij » (1834) by Mixail Zagoskin, this annexation does not merely appropriate the motif of the noble-hearted brigand : it ushers in cultural territories involving, in the Russian literary imagination, the notion of alterity within the Slavic world. In revisiting this motif, the authors only keep two of its components : the denunciation of social injustice and the folkloric inspiration. Yet they also include a new element, reflecting on the interplay between the Russian language and some nearly-related linguistic alterities. If the Ukrainian language is promoted in Somov’s text, Polish in Zagoskin’s work seems a strange hybrid. These particularities shed a light on the authors’ opposite political (rather than literary) positions in the debate about literary narodnost’.

Brigands et chansons : l’altérité slave dans le transfert culturel de l’époque romantique

Si le transfert culturel a pu être comparé à la traduction, c’est bien parce que s’y déploie un processus d’annexion. Dans le cas des « fragments d’une nouvelle ukrainienne » intitulés Gajdamak (1826-1827) d’Orest Somov et de la nouvelle « Pan Tvardovskij » de Mixail Zagoskin (1834), l’annexion touche le motif du brigand noble hérité de la littérature d’Europe occidentale, mais aussi des territoires culturels mettant en jeu, dans l’imaginaire littéraire russe, la notion d’altérité au sein de l’espace slave. Dans leur relecture du motif, ces deux auteurs ne gardent que deux composantes, la dénonciation de l’injustice sociale et le folklore, leur permettant d’assouvir l’exigence littéraire d’esprit national. Le nouvel élément qu’ils apportent est une réflexion sur la langue russe dans son rapport à une altérité linguistique proche (ukrainien, polonais). La valorisation de l’ukrainien et l’abâtardissement du polonais dévoilent une opposition d’enjeux plus politiques que littéraires.


GERONIMI Valérie

The Reims Gospel : Myths, Historical (re)Discovery and Perspectives

The author recounts the history of the Reims Gospel which is marked by two legends : it is supposed to have been used for the coronation of kings of France and to be related to the queen of France Anne of Kiev. As a matter of fact, the first legend historically groundless and the other one is a mystification that had already been debunked in Russia in the 19th century soon after it surfaced. However, the work became famous in Russia right from the 18th century and was the cause for much enthusiasm amongst slavists and European historians throughout the 19th century.
The article also deals with the studies about the dating and the origins of both manuscripts of which the Reims Gospel is composed. The latest conclusions confirm that the first one is a Russian manuscript from the 11th century from Kiev. As to the second one, it has long been identified as a Glagolitic text from 1395 and drafted in Prague. A study from 2014 puts forward a convincing theory : the Slavic work – whose rich cover bore relics – must have been used for devotion and not liturgy.

L’Évangéliaire slavon de Reims : mythes, (re)découverte historique et perspectives

L’auteur retrace le parcours de l’Évangéliaire slavon de Reims, manuscrit aux deux légendes : il aurait servi au sacre des rois de France et serait lié à la reine de France Anne de Kiev. En fait, la première légende ne repose sur rien d’historiquement prouvé, et celle d’Anne est une mystification déjà dénoncée en Russie peu après son apparition au xixe siècle. Le recueil est néanmoins célèbre en Russie dès le xviiie siècle et suscite un engouement parmi les slavistes et historiens européens tout au long du xixe siècle. L’article s’attache également aux études sur la datation et l’origine des deux manuscrits qui composent l’Évangéliaire. Les conclusions les plus récentes confirment que le premier est un manuscrit russe du xie siècle originaire de Kiev, le deuxième étant depuis longtemps identifié comme un texte glagolitique de 1395 composé à Prague. Une étude de 2014 propose une théorie convaincante : le recueil slave dont la riche reliure portait des reliques, devait servir non pas à la liturgie mais à la dévotion.


HEDJAN Jonel

The Branković of Hungary and the Principality of Moscow

After the capture of Smederevo, the capital of the Serbian Despotate, by the Turks in 1459, part of the Branković family took refuge in Hungary, within the lands of King Mathias Corvin, who established a Serbian Despotate in his territory, in order to encourage the Serbs to continue to fight the Turks. King Matthias named members of the Branković family as despots in order to give an impression of continuity with the Serbian despot that fell into the hands of the Turks. Never­theless, as Orthodox established in a Catholic kingdom, the Serbs of Hungary actively sought the support of orthodox sovereigns, such as the Russian and Romanian princes.
The present study provides an outline of the relations that were established by the Branković and the Serbian Church in Hungary with the Greater Principality of Moscow.

Les Branković de Hongrie et la principauté de Moscou

Après la prise de Smederevo, capitale du despotat serbe, par les Turcs en 1459, une partie de la famille Branković se réfugie en Hongrie, chez le roi Mathias Corvin, qui instaure un despotat serbe sur son territoire, afin d’encourager les Serbes à continuer de combattre les Turcs. Le roi Matthias nomme comme despotes des membres de la famille Branković afin de donner une impression de continuité avec le despotat serbe tombé aux mains des Turcs. Néanmoins, en tant qu’orthodoxes établis dans un royaume catholique, les Serbes de Hongrie cherchent activement le soutien de souverains orthodoxes, tels que les princes russes et roumains.
La présente étude propose une esquisse des relations qu’établirent les Branković et l’Église serbe en Hongrie avec la Grande Principauté de Moscou.


KABAKOVA Galina
The Project of Dictionary of Eastern Slavs’ etiological motifs and tales

The etiological or explanatory tale, represents to this day a little-known genre of oral literature, called upon to provide answers to questions on the order of things, the origin of species, their characteristics, etc.
At the symposium ‘Etiological tales and legends in the European space’, organized in October 2012 in the Sorbonne, it was decided that a Dictionary of Eastern Slavs’ etiological motifs and tales was necessary to advance in the study of this area of the orality. The Dictionary will take stock of research carried out over several years on Slavic etiologies, notably through the publication of Russian and Ukrainian etiological corpuses, and will be a necessary tool for comparative studies, allowing analysis of motifs and characters common to several areas or specific to a tradition. The mastery of the discourse on the sources of the world order will make possible the exploration of etiological motives in the various fields of popular culture but also of learned culture.

Le projet Dictionnaire de motifs et de contes-types étiologiques chez les Slaves orientaux

Le récit étiologique ou explicatif représente à ce jour un genre méconnu de la littérature orale, appelé à fournir une réponse aux questionnements sur l’ordre des choses, l’origine des espèces, leurs particularités, etc. Lors du colloque Contes et légendes étiologiques dans l’espace européen, organisé en octobre 2012 en Sorbonne, il a été décidé qu’un Dictionnaire de motifs et de contes-types étiologiques chez les Slaves orientaux était nécessaire pour avancer dans l’étude de ce domaine de l’oralité. Le Dictionnaire fera le bilan de recherches menées depuis plusieurs années sur les étiologies slaves, notamment à travers la publication des corpus étiologiques russe et ukrainien, et constituera un outil permettant d’analyser des motifs et des personnages communs à plusieurs aires ou spécifiques d’une tradition. La maîtrise du discours sur l’ordre du monde rendra possible l’exploration de motifs étiologiques dans les différents domaines de la culture populaire mais aussi de la culture savante.


KOR CHAHINE Irina, MILOSAVLJEVIC Tanja

‘Verbal Interjections’ (‘Verboids’, ‘Ideophones’ and the Like) in Russian and Serbian : Two Languages, Two Strategies.

The article discusses the use of particular forms, ‘verbal interjections’, in Russian and Serbian. These forms fall somewhere in between the interjections and verbs and occupy a distinct place in the grammatical systems of these inflected languages. Our goal is to demonstrate that the forms such as плюх / pljus function not only as interjections and verbs, but fulfill additional functions in Slavic languages, which, along with their form, make them closer to the category of ideophones. In addition, one can clearly see two strategies in the use of these forms : while in both languages ideophones function both as onomatopoeic words and as predicates, in Russian they ‘encroach’ on the domain of discourse, but in Serbian they come close to the category of adverbial modifiers. This article is the first comparative analysis of ideophones, or so-called ‘verbal interjections’, used in the two Slavic languages.

« Prédicats interjectifs » (« verboïdes », « idéophones » et assimilés) en russe et en serbe : deux langues, deux stratégies

Cet article est consacré au fonctionnement des formes particulières, des « prédicats interjectifs », en russe et en serbe. Se situant entre l’interjection et le verbe, ces formes occupent une place à part dans les systèmes grammaticaux de ces langues flexionnelles. Notre but est de démontrer que les formes du type плюх / pljus ne se réalisent pas seulement comme des interjections et des verbes, mais qu’elles ont dans ces langues slaves d’autres fonctions qui, autant que leur forme, les rapprochent de la classe des idéophones. En outre, dans l’emploi de ces formes, on observe nettement qu’il y a deux stratégies qui se profilent : alors que dans les deux langues, les idéophones peuvent fonctionner en tant qu’onomatopées et en tant que prédicats, en russe ils « empiètent » sur le domaine discursif, alors qu’en serbe ils se rapprochent de la catégorie des modifieurs adverbiaux. Il s’agit d’une première approche comparative des idéophones, alias prédicats interjectifs, dans deux langues slaves.


SINICHKINA Daria

Так не кручинилася Хлоя и тысячи влюбленных душ… Nikolay Klyuev’s ‘What the Gray Cedars Talk of’ (1930-1932) as a Pastoral Poem

Between 1930 and 1932 Nikolay Klyuev (1884-1937) composes and addresses to the painter Anatoliy Jar-Kravchenko (1911-1983) ‘What the Gray Cedars Talk of [O chem shumyat sedye kedry]’, a lyrical cycle of twelve poems and a sentimental education that celebrates the recovery of the ‘peasant paradise’. As the explicit references to the Revolution and Civil war are evacuated, the amorous discourse becomes multidimensional as it echoes the correspondence between the two men it is closely linked to. The work’s unity is paradoxically assured by an intertextual expansion characteristic of the poet’s late work and which highlights certain mechanisms of Klyuev’s lyricism, defined by the interiorization of a synthetic culture, now only accessible to those who can decipher the ‘language of Aesop’.

Так не кручинилася Хлоя и тысячи влюбленных душ… Le « Murmure des cèdres gris » (1930-1932) de Nikolaj Kljuev (1884-1937) comme pastorale

Entre 1930 et 1932 Nikolaj Kljuev (1884-1937) compose « Murmure des cèdres gris [O čem šumjat sedye kedry] », un cycle de douze poèmes dédiés au peintre Anatolij Jar-Kravčenko (1911-1983), véritable éducation sentimentale qui célèbre le « paradis paysan ». À mesure que sont évacuées les références explicites à l’histoire depuis 1917, le discours amoureux s’enrichit des multiples possibilités de lecture suscitées par le lien intrinsèque que le cycle entretient avec la correspondance entre les deux hommes. L’unité de l’œuvre est paradoxalement assurée par un foisonnement intertexuel, caractéristique de l’œuvre tardive du poète et mettant en lumière les mécanismes du lyrisme kljuevien, défini par l’intériorisation d’une culture synthétique, désormais accessible seulement à celui qui sait déchiffrer la « langue d’Ésope ».


SREBRO Milivoj

Between Esthetics and Politics : An Aspect of the Serbian Literature Reception in France at the End of the 20th century

The major event of the late 20th century in the Balkans, the civil war in former Yugoslavia (1991-1995), marked an unprecedented change in the reception of Serbian literature in France. Forced to act within a tight deadline and under media pressure, the French critics were soon faced with a question : is it possible to speak of literature in times of war without crossing the red line separating esthetics and politics ?
The examples analysed in this study related to the reception of Milorad Pavić’s, Dobrica Ćosić’s, Vidosav Stevanović’s and Ivo Andrić’s books, clearly show that it was not, for the prism through which the Serbian authors were read, a prism distorted by the massive media coverage of the Yugoslavian conflict, held in itself the risk for critics to be tricked and misled. They also show that some critics definitely crossed the critical line separating fiction and reality : in the name of a ‘fair cause’, whether true or not, they searched literary works for arguments to support their political opinions.

Entre esthétique et politique : un aspect de la réception de la littérature serbe en France à la fin du XXe siècle

L’événement majeur de la fin du xxe siècle dans les Balkans, la guerre civile en ex-Yougoslavie (1991-1995), marque un changement sans précédent dans la réception de la littérature serbe en France. Contrainte d’agir dans l’urgence et sous la pression médiatique, la critique française sera vite confrontée à cette question : peut-on parler de la littérature en temps de guerre sans franchir la ligne rouge qui sépare l’esthétique de la politique ?
Les exemples analysés dans cette étude qui se rapporte à l’accueil des livres de Milorad Pavić, Dobrica Ćosić, Vidosav Stevanović et Ivo Andrić, démontrent clairement que la réponse ne pouvait pas être affirmative car le prisme à travers lequel furent lus les auteurs serbes, prisme déformé par « l’explosion » médiatique du conflit yougoslave, comportait en soi le risque de piéger la critique, de la conduire à la dérive. Ils montrent aussi que certains critiques ont largement franchi la ligne fatidique qui sépare fiction et réalité : au nom d’une « juste cause », vraie ou fausse peu importe, ceux-ci sont allés chercher, dans des œuvres littéraires, des arguments pour étayer leurs idées politiques.


STEFANOVIC Aleksandar

Collective Names in -a and -ad and Diminutives in -ić in BCMS (Bosnian-Croatian-Montenegrin-Serbian) Language : Suppletive Plurals or Plural Diminutives ?

The paper deals with collective names in -a and -ad and diminutives in -ić which can be used as suppletive plural forms of some nouns in -e, -eta such as golupče or d(j)ete. Particular attention is paid to the case when those nouns do not seem to be used as suppletive plurals but as real plural diminutives. It is indeed difficult to establish the boundary between real diminutives and suppletive plurals. Furthermore, the plurals of those nouns are closely linked to the the thorny problem of the use of numerals in BCMS (Bosnian-Croatian-Montenegrin-Serbian) language.

Les noms collectifs en -a et en -ad et les diminutifs en -ić. En bosniaque, croate, monténégrin, serbe (BCMS) : pluriels supplétifs ou diminutifs au pluriel ?

L’article traite du comportement des noms diminutifs en -ić et des noms collectifs en -ad et en -a qui peuvent servir de pluriel supplétif à certains substantifs en -e, -eta du type golupče ou d(j)ete. Une attention particulière est portée au cas où ces noms ne semblent pas servir de pluriel supplétif, mais de véritables diminutifs au pluriel ; la frontière entre véritable diminutif et pluriel supplétif étant difficile à établir. Le comportement desdits substantifs est, entre autres, étroitement lié à l’épineux problème de la quantification en bosniaque, croate, monténégrin, serbe (BCMS).


VRINAT-NIKOLOV Marie

What is Bulgarian Literature ? Literature and Nation According to Anthologies and Literature Textbooks

Unlike the history and geography textbooks which have been the subject of recent researches and interpretations, those of literature, as far as I know, have not yet been analyzed. I intend to study the anthologies (chrestomathies) and literature textbooks published in Bulgaria from the second half of the 19th century as the legacy of those who will follow in the 20th and 21st centuries : what cannon do they build when is created a Bulgarian national identity ? What texts, what languages do they consider to be ‘the Bulgarian literature’ ?

Qu’est-ce que la littérature bulgare ? Littérature et nation d’après les anthologies et manuels de littérature (fin XIXe siècle)

À la différence des manuels d’histoire et de géographie qui ont fait l’objet de recherches et d’interprétations récentes, ceux de littérature, à ma connaissance, n’ont pas encore été analysés. Je me propose d’étudier les anthologies (chrestomathies) et manuels de littérature édités en Bulgarie à partir de la seconde moitié du xixe siècle en tant qu’héritage de ceux qui suivront aux xxe et xxie siècles : quel canon construisent-ils au moment où se crée une identité nationale bulgare ? Quels textes, quelles langues considèrent-ils comme étant « la littérature bulgare  »  ?