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par Astrid Mazabraud - publié le


The secondary signifier of “entrails” in the Russian language : the psychological man

In the Russian language, the entrails are widely used to express different psychological states — together with emotions and sensibilities : laughing, crying, tenderness, excitement, satisfaction, joy, spirit, languor, anxiety, the capacity for empathy, repentance, regret, anger, grudge, concern and fear. The concept of psychological man also encompasses intelligence, intuition and premonition. The guts are thus invested with a capacity for reasoning that is not logical — as well as with aesthetic perception, artistic inspiration, an organic feeling for different situations and relationships, and an « intuitive » knowledge of people. In most cases, the vocabulary refers to internalised sensations and reactions, but it sometimes refers to gestures and postures expressing feelings. Despite the significant continuity of the secondary semantic meaning of entrails found in both literary language and dialects, it should be noted that intuition remains ignored with respect to the dialects.

Les nominations secondaires des “entrailles” en langue russe : l’homme psychique

Dans la langue russe, les entrailles sont largement sollicitées pour exprimer les différents états psychiques ainsi que les émotions et les sensibilités : rire, pleur, attendrissement, excitation, satisfaction, joie, entrain, langueur, inquiétude, faculté d’empathie, repentir, regret, colère, rancune, préoccupation, peur. La notion d’homme psychique recouvre également l’intelligence, l’intuition, le pressentiment : les tripes sont ainsi investies de la capacité de raisonnement qui ne passe pas par la logique, de la perception esthétique, de l’inspiration artistique, du ressenti organique de différentes situations et relations, et de la connaissance « intuitive » des personnes. Dans la plupart des cas, le lexique nomme les sensations et les réactions intériorisées mais parfois il désigne les gestes et les postures exprimant les sentiments. Malgré une grande continuité du sémantisme secondaire des entrailles dans la langue littéraire et les dialectes, on constate que l’intuition reste ignorée par les dialectes.


The Ukrainian francophone press in France

The article is devoted to a restrospective study of the Ukrainian foreign press in Europe, specifically the francophone press in France from 1919 to 1921 and the historical (as well as socio-political and geopolitical) context of its emergence. During our fieldwork in Ukrainian and Western libraries and archives (mainly in France), we managed to rediscover, identify, classify and subsequently analyze these periodicals by inspecting them ourselves. It appears that all the socio-political periodicals that were able to be studied can be classified into three types based on their ideological orientation : the Ukrainian-centric press ; the Ukrainian-Russophile periodicals ; and the Ukrainian press aimed internationally . We have concluded that this cluster of the Ukrainian francophone press in France had an ambivalent « hybrid » character. These publications fulfilled different functions : informational, propagandist, counter-propagandist, communicative and socio-cultural.

La presse francophone ukrainienne en France

L’article est consacré à une étude de la presse étrangère ukrainienne en Europe, en particulier de la presse francophone en France au cours des années 1919-1921 et au contexte historique (ainsi que socio-politique et géopolitique) de son émergence. Au cours de notre travail sur le terrain dans les bibliothèques et les archives ukrainiennes et occidentales (notamment, en France), nous avons réussi à redécouvrir, identifier, classer et analyser ces périodiques de visu. Il apparaît que tous ces périodiques socio­politiques peuvent être classés selon leur orientation idéologique en trois types : la presse centrée sur l’ukrainien ; les périodiques ukrainiens russophiles ; et la presse ukrainienne d’orientation internationale. Nous concluons que la presse francophone ukrainienne en France avait un caractère ambivalent « hybride ». Elle remplissait différentes fonctions : d’information, de propagande et de contre-propagande, de communication et de diffusion socio-culturelle.


Ponson du Terrail’s novels about Rocambole as a source of inspiration for Moscow con men of the late nineteenth century : a study on social instability in tzarist Russia between 1860-1870

The article studies the social and literary reception of the Rocambolesque novels of Ponson du Terrail (1829-1871) in Russia at the end of the nineteenth century.
Around 1871, a gang of con men named « Valets de Cœur » was created in Moscow. The same name can be found in the Rocambole cycle : “Le Club des valets de cœur” – published in 1858 (La Patrie). It is not a coincidence : the young con men reproduced exactly and in reality the crimes that were commited by the book’s characters.
The case of the « Valets de cœur » culminated in a great legal trial and drew particular attention from the Russian writers of the time — who questioned the future of the country. They considered the phenomenon as a social signpost of a Russia nation that was losing its stability.

Les romans sur Rocambole de Ponson du Terrail comme source d’inspiration pour une bande d’escrocs moscovites du XIXe siècle : étude sur l’instabilité sociale dans la Russie tsariste des années 1860-1870

L’article étudie la réception sociale et littéraire des romans sur Rocambole de Ponson du Terrail (1829-1871) en Russie de la fin du xixe siècle.
Vers 1871, une bande d’escrocs, nommée « Valets de cœur », fut créée à Moscou. On retrouve ce nom dans le titre d’un épisode du cycle Rocambole : « Le Club des valets de cœur », publié en 1858 (La Patrie). Ce n’est pas une coïncidence : les jeunes escrocs reproduisaient les crimes des personnages littéraires dans la vie réelle.
L’affaire des « Valets de cœur » donna lieu à un grand procès et fut suivie par les écrivains russes de l’époque qui s’interrogeaient sur l’avenir du pays. Ils ont considéré ce phénomène comme un indicateur social d’une Russie perdant sa stabilité.


The Graffiti of Slavic pilgrims in France, 12th-17th centuries

To leave an autograph, a prayer, or a record on the church wall was a habit among Russians in the Middle Ages. Until recently in Western Europe, a batch of Cyrillic graffiti was only indentified in Lucca (Dell’Agata 1973-1974). Today, four inscriptions from France can be added. The oldest and most significant of these – the inscriptions in Pons (circa 1160-1180) and in Saint-Gilles-du-Gard (first half of the 13th century) (Brun, Hartmann-Virnich, Ingrand-Varenne, Mikheev 2014) — reveal the unsuspected presence of Orthodox pilgrims on the pathways of Compostela. The inscription in Pons is probably made by a resident of Novgorod, while the other was probably made by a native of Ukraine. Another item of graffiti in Saint-Gilles, both smaller and made later, was apparently left by a Serbian. Even in the era of the decline of Camino de Santiago, the Slavic « Jacquets » were still there, as evidenced by the name « Габоръ » (?) inscribed in the image of a horseshoe carved on a buttress of the New Hospital in Pons. This buttress dates to the 16th century.

Les graffiti des pèlerins slaves en France, XIIe-XVIIe siècles

Laisser un autographe, une prière, une note sur le mur de l’église était au Moyen Âge une habitude chez les Russes. Jusqu’à récemment on ne connaissait en Europe occidentale qu’un groupe de graffiti cyrilliques à Lucques (Dell’Agata 1973-1974). Aujourd’hui, on peut y ajouter quatre inscriptions en France. Les plus anciennes et monumentales d’entre elles, celles de Pons (circa 1160-1180) et de Saint-Gilles-du-Gard (première moitié du XIIIe siècle) (Brun, Hartmann-Virnich, Ingrand-Varenne, Mikheev 2014), révèlent la présence insoupçonnée des pèlerins orthodoxes sur les chemins de Compostelle. L’inscription pontoise aurait été faite par un Novgorodien, tandis que l’autre serait due à un originaire de l’Ukraine. Le second graffito de Saint-Gilles, plus petit et tardif, aurait été laissé par un Serbe. Même au temps du déclin du Camino de Santiago, les « Jacquets » slaves étaient encore là, comme en témoigne le nom Габоръ (?) inscrit dans un fer à cheval gravé sur un contrefort de l’Hôpital Neuf à Pons : qui date du XVIe siècle.

ZOCHIOS Stamatis

Ethnolinguistic interpretation of neo-Hellenic mythological terms of Slavic origin indicating dead evildoers

The following article focuses on the Slavic mythological and linguistic basis of a part of Greek folk traditions concerning supernatural beings of death. The first and second sections examine the Slavic origin of the borrowed neo-Hellenic words « vrikólakas » and « vámpiras », signifying the revenant (phantom or spirit). The last section analyses a third supernatural being, the « móra », which weighs on the chest of its victims. This work re-opens an important but little studied issue concerning the relationship of folk traditions between Slavic countries (not only the Balkans) and Greece.

Interprétation ethnolinguistique de termes mythologiques néohelléniques d’origine slave désignant des morts malfaisants

L’article s’intéresse à la formation d’une partie des traditions populaires grecques concernant les êtres surnaturels de mort sur une base mythologique et linguistique slave. La première et la deuxième partie examinent l’origine slave des emprunts lexicaux néohelléniques vrikólakas et vámpiras, signifiant le revenant. La dernière partie analyse un troisième être surnaturel, la móra qui pèse sur la poitrine de ses victimes. Ce travail ré-ouvre un dossier important mais peu étudié, qui porte sur les relations des traditions populaires entre les pays slaves – non seulement des Balkans – et la Grèce.