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L’européanité et l’Europe médiane – Séminaire du GDR Connaissance de l’Europe médiane, Paris, 1er mars 2019

par Astrid Mazabraud - publié le

L’européanité et l’Europe médiane
1er mars 2019, 14 h, 9 rue Michelet
Modérateur : Paul Gradvohl (Université de Lorraine)

Introduction d’Antoine Marès, avec la participation d’Antoine Arjakovsky (Collège des Bernardins), d’Axel Boursier (Université de Warwick), de Xavier Galmiche (Sorbonne-Université) et de Jean-Christophe Romer (Université de Strasbourg).

Le récent Dictionnaire de la régionalisation du monde (Neuilly, Atlande, 2018), dirigé par Nora Mareï et Yann Richard, souligne dès sa présentation la « fragilité et [le] silence méthodologique » de la littérature scientifique concernant la régionalisation. Or, la régionalisation qui y est opérée procède par grands ensembles continentaux et leurs sous-régions, mais l’Europe médiane en tant que telle y est étonnamment absente, si ce n’est donc sous forme d’États (Pays baltes, Balkans occidentaux, Bulgarie, Roumanie). Pourtant, l’enjeu heuristique et politique de la mise en régions de l’Europe mérite questionnement sur l’européanité de cette Europe médiane, comme on l’a constaté récemment en Ukraine ou dans la reconfiguration des solidarités politiques trans­na­tio­na­les en Europe autour du souverainisme, d’affirmations identitaires à caractère religieux ou autre. Le tissage continu de réseaux économiques ou de sécurité à dimensions régionales dûment soulignées, elles, dans le récent dictionnaire, y a sa part. Dans le cadre de ce séminaire, afin d’affronter la fragilité terminologique des approches existantes, il est proposé, dans une démarche associant géographes, historiens, sociologues, littéraires etc., de :

- Questionner le terme « européanité » : il est ambigu par les valeurs communes qu’elle véhicule, par son rapport avec le concept d’occidentalité ou encore par son caractère incantatoire, instrumentalisé pour stigmatiser ou s’auto-légitimer. Dans la perspective de l’Europe médiane, certains des contenus de l’européanité peuvent-ils éclairer ses caractéristiques par rapport à d’autres espaces ? En fonction de quels systèmes de références ? Existe-t-il une ou plusieurs européanités et quelles sont leurs frontières ? L’européanité, entre auto-assignation et regard de l’autre, est-elle autre chose que des normes (communes) ou que l’affirmation d’une diversité européenne plus ou moins articulée ?

- Interroger les perceptions : l’Europe médiane en tant que (macro)région, tant pour ses acteurs propres (y compris regroupés par « composantes » ou sous-régions) que pour ceux qui en font leur objet d’étude, offre des représentations différenciées qui freinent le sentiment d’une appartenance commune, notamment du fait de « classements » ou de « regroupements » aux fondements très relatifs.

- Explorer les temporalités décalées en Europe et leurs impacts réactualisés : les temps de l’Europe ne sont pas synchrones. Mais quelle valeur explicative pour l’européanité des uns et des autres ? Et quel rapport avec les « hiérarchisations » intra-européennes parfois fortement ressenties et portées par de nombreux acteurs ? Comment mémoires et instrumentalisation des émotions qu’elles suscitent font-elles rejouer les convergences et divergences ?

La discussion proposée, interdisciplinaire, vise donc à clarifier la fonction heuristique de l’aire Europe médiane, et à en tirer les conséquences pour des approches européennes ou globales. Le contexte de cette réflexion est marqué par l’absence de conscience collective médio-européenne et par des volontés fortes de légitimation politique par l’européanité et par la nationalité, alors que les processus sociaux et économiques génèrent d’autres maillages. Face à l’évidence étatique ou la force institutionnelle de l’UE, l’Europe médiane est donc dans un angle mort. L’enjeu est de mesurer en quoi en faire une aire à prendre en compte pour elle-même éclaire les européanités en mutation, ou en quoi cette aire co-détermine celles-ci. Un des enjeux est le sens à donner à une approche macro-régionale qui prend en compte l’Europe médiane et par conséquent éclaire les processus de régionalisation et d’européanisation de diverses natures au moyen de macro-régions non institutionnelles sur une période moyenne ou longue.

Pour des raisons de sécurité, nous vous remercions de bien vouloir signaler votre présence à : antoine.mares@wanadoo.fr