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Un autre regard sur la Russie et le Caucase Les missions scientifiques du baron de Baye : circulations de savoirs et de collections
Paris, 6 juin 2019

par Astrid Mazabraud - publié le

Un autre regard sur la Russie et le Caucase Les missions scientifiques du baron de Baye : circulations de savoirs et de collections <br> Paris, 6 juin 2019


Journée d’étude organisée par Ana Cheishvili,
doctorante à l’EHESS, CERCEC
6 juin 2019 – 10h-17h

EHESS, salle Lombard, 96 bd Raspail – 75006 PARIS

Joseph Berthelot (1853-1931), baron de Baye, est le dernier représentant d’une longue lignéearistocratique d’origine bretonne ayant acquis au XVIIesiècle la baronnie de Baye en Champagne. Il s’intéresse très jeune à l’archéologie préhistorique et à l’âge de 18-19 ans découvre des sépultures collectives datant de 3500-2700 avant J.-C.. Les résultats de ce travail sont tout à fait novateurs pour l’archéologie du XIXesiècle. Les sommités scientifiques françaises montrent au départ un grand intérêt pour ses découvertes, mais plus tard, elles remettront en question certaines interprétations. En conséquence, le jeune archéologue autodidacte rencontre des difficultés à entrer dans le monde scientifique où la priorité est donnée aux études classiques et abandonne la recherche en France. A partir de 1890, le baron de Baye s’oriente vers l’Empire russe où il s’intéresse à des périodes historiques puis à l’ethnographie. Dès 1895, il entreprend des missions scientifiques à ses frais dans différentes régions de l’Empire russe en tant qu’Officier du ministère français de l’Instruction publique et se lie d’amitié avec de nombreux scientifiques russes. Entre 1897 et 1906, le baron de Baye voyage dans le Caucase. Il s’attache beaucoup à cette région. Il y constitue des collections archéologiques et ethnographiques et prend des centaines de clichés photographiques. Il continue ses recherches dans les différentes contrées de l’Empire russe jusqu’à ce qu’il soit surpris par la déclaration de guerre en 1914, puis la Révolution russe de 1917. En 1920, après six années de séjour en Russie, le baron de Baye regagne sa patrie. Malade, il passe les dernières années de sa vie dans son château familial à Baye.
Cet archéologue atypique - ethnographe, voyageur, photographe, « touche à tout » - comme il se nomme, a sillonné l’Empire russe de l’Ukraine jusqu’à Sibérie et en passant par le Caucase. Des très riches collections archéologiques, ethnographiques et photographiques provenant de ses missions, ainsi que ses archives privées, dont la plus grande partie inédite, sont aujourd’hui dispersées entre plusieurs institutions françaises et étrangères. Cette journée d’étude à pour un but de se pencher sur l’œuvre du baron de Baye qui représente un témoignage précieux sur une période charnière de l’Empire russe mais aussi pour l’étude du Caucase, une région à laquelle il s’est particulièrement intéressé. Au cours de cette journée, on s’intéressera aussi à la circulation des collections.

Du 3 au 7 juin, avec le soutien du Centre culturel géorgien « Lazi », une exposition de photographies du Baron de Baye sera présentée dans le hall de l’EHESS au 54 bd Raspail – 75006 Paris

PROGRAMME

9h15-10h – Accueil des participants

10h00 – 10h15 - Anna Cheishvili, doctorante à l’EHESS, CERCEC
Introduction de la journée d’étude

I - Joseph de Baye à contre-courant de l’archéologie institutionnelle
Modérateur : Wladimir Berelowitsch, Directeur d’études à l’EHESS, CERCEC

10h15 – 10h45 - Armelle Le Goff, Conservateur général du patrimoine
Les missions scientifiques françaises dans l’Empire russe : quelques pistes de recherche
Le service des Missions de l’Instruction publique a joué un rôle essentiel au XIXe siècle et a donné un ancrage institutionnel à de nombreux voyages d’étude individuels. Les dossiers administratifs de ces missions, parfois très arides, constituent un matériau hétérogène. Néanmoins, ils fournissent une base intéressante et donnent des pistes pour aller à la recherche d’autres sources éparpillées entre différentes institutions. En effet, des objets archéologiques et ethnographiques, des échantillons de spécimens d’histoire naturelle, des médailles, des manuscrits ont été recueillis au cours des missions et envoyés en France. Ainsi, l’étude des dossiers de mission du baron de Baye, d’Ernest Chantre, d’Édouard Blanc dans l’Empire russe contribuent à l’histoire de ces acteurs de différentes collectes et des travaux scientifiques qu’elles ont permises.

10h45 – 11h15 - Noël Coye, Pôle d’Interprétation de la Préhistoire, Les Eyzies, TRACES – UMR 5608, Université de Toulouse Jean Jaurès

1888 : l’impitoyable réquisitoire de Joseph de Baye contre la préhistoire française
Lorsque paraît en 1888 la deuxième édition de L’Archéologie préhistoriquedu baron Joseph de Baye (1853-1931), l’ouvrage constitue un objet scientifique et éditorial assez particulier dans le paysage préhistorien français, et plus largement européen. D’une part, il dissimule sous un titre très générique un propos qui se concentre sur le Néolithique, dans un pays où la préhistoire a gardé de ses origines une tradition essentiellement paléolithicienne. D’autre part, il s’ouvre par une longue introduction qui constitue un féroce réquisitoire contre la préhistoire et ses pratiques, à une époque où la discipline fonctionne bien davantage sur le modèle du tribunal que sur celui du laboratoire. La critique du baron de Baye est à la fois radicale et globale : elle aborde aussi bien les orientations scientifiques que les pratiques de la sociabilité savante – et notamment le fonctionnement des réseaux. Le « jeune archéologue » - dont Émile Cartailhac considère dans son compte rendu d’ouvrage publié dans les Matériaux… qu’il « traite de haut » ses pairs comme ses devanciers – discute également la place de la préhistoire dans la cité scientifique, stigmatisant l’incapacité de celle-ci à intégrer les institutions académiques et aborde enfin la portée sociale et philosophique de la connaissance préhistorienne ; autant de prises de position qui devaient le mettre en discordance avec les cercles dominants de la préhistoire française de son époque.

11h15 – 11h45 - Francesco Lovino, Centre for Early Medieval Studies, Brno/American Academy in Rome

De Baye Unpublished : The Essai sur l’extension de l’art des Goths de Crimée
After the outbreak of the Bolshevist Revolution, Joseph de Baye (1853-1931) took refuge at the Historical Museum of Moscow. Here he spent the next three years, inspecting the Museum collections and rethinking about twenty-years of archaeological and anthropological missions around the former Russian Empire. The results of this forced sojourn were collected in de Baye’s Essai sur l’extension de l’art des Goths de Crimée, by which the baron reviewed the archaeological findings of Crimea, Caucasus, Ukraine, Riazan and the Don Region, comparing them with the European production. The communication aims to present this unpublished essay, by investigating the circumstances in which the text was written and the vicissitudes of the Essaiin the following years, until its rediscovery in the archives of the Institute of Art History in Prague.

11h45 – 12h30 - Discussion

12h30 – 14 h - Pause déjeuner

II – A la découverte du Caucase
Modérateur : Claire Mouradian, directrice de recherches émérite au CNRS (CERCEC)

14h00 – 14h30 - Carine Peltier-Caroff, responsable de l’iconothèque, chargée de la gestion des collections de photographies, Département du patrimoine et des collections, Musée du Quai Branly-Jacques Chirac.

Kodak Souvenirs, les albums de photographies des voyages de Joseph de Baye dans l’Empire Russe (1897-1910), musée du quai Branly - Jacques Chirac
Le musée du quai Branly - Jacques Chirac préserve une collection d’albums de photographies de Joseph Berthelot de Baye (1853-1931), acquis en 2006. Ils se composent de 1350 tirages pris entre 1897 et 1910 en Russie au cours de différents voyages annuels, organisés en quatorze volumes reliés de la marque Kodak. Ses albums permettent de découvrir à la fois ses voyages, de percevoir sa pratique photographique et de tenter de comprendre un récit personnel au travers de l’organisation des images, la mise en page et les légendes. Cet ensemble, caractéristique de la pratique du voyageur amateur photographe de la fin du XIXe et début du XXesiècles, s’inscrit parmi les collections de photographies et d’albums de voyage conservés par le musée.

14h30 – 15h00 - Sébastien Haule, Ingénieur d’études, CNRS UMR 8504 Géographie-cités

Le Caucase dans les archives photographiques de la Société de Géographie de Paris
Doyenne des sociétés de géographie – elle est fondée en 1821 à Paris par les savants les plus illustres de l’époque – la Société de Géographie de Paris est dotée à partir de 1881 d’un fond d’archives photographiques issues des dons de ses membres et de ses correspondants à l’étranger. Au final il s’agit de plus de 100 000 documents photographiques de natures diverses qui témoignent de l’évolution des connaissances géographiques et sociétales des différentes régions du monde entre le dernier quart du XIXème siècle et l’aube des années 1930. L’objet de cette intervention est de présenter les archives photographiques concernant la Russie méridionale et le Caucase – régions marquées par des confits autant coloniaux qu’impériaux, mais aussi objets de nombreux voyages scientifiques. Une attention particulière sera donnée à la place des documents photographiques versés par le Baron de Baye suite aux voyages et missions effectués dans ces régions entre 1898 et 1904.

15h00 – 15h30 - Ana Cheishvili, doctorante à l’EHESS, CERCEC
À la redécouverte des collections caucasiennes
Arrivé dans le Caucase en 1897 et se trouvant face à la loi d’interdiction de fouilles archéologiques pour les chercheurs européens, le baron de Baye se voit obligé de se tourner vers l’ethnographie : pendant presque dix ans, il revient dans cette région afin d’y collecter des objets destinés aux musées français et d’enregistrer des légendes, des traditions et des pratiques de peuples du Caucase. Chacune des missions scientifiques du baron de Baye est bien documentée à travers ses photographies, ses carnets de voyages et ses rapports envoyés au ministère de l’Instruction publique. Les collections d’objets exposées et présentées au public français au retour de ses missions, sont ensuite reparties dans différents musées français. Pendant un siècle elles restent entreposées et oubliées dans des réserves. A partir des années 2000, à la suite de la création de nouveaux musées et du partage des collections, les objets provenant des missions du baron de Baye sont dispersés sans étude préalable. Le but de notre recherche est, d’une part, en nous basant sur l’ensemble des sources, reconstruire l’itinéraire de ces collections et, d’autre part, nous interroger sur leur avenir et leur réinscription dans la politique d’exposition des musées français.

15h30 – 17h - Discussion et conclusion générale