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par Astrid Mazabraud - publié le , mis à jour le


Jules Verne and Poland

Poland is one of the few countries that does not figure in Jules Verne’s work, which embraces and travels across nearly all the countries of the planet. Is this absence the result of a simple oversight, an unconscious repression or an assumed rejection ? using a study of the biography, the fiction and scientific work, the correspondence, as well as the manuscript of an unpublished political manifesto composed by Jules Verne in 1848 during the uprising of the Great Poland, Patrice Locmant highlights the complex and ambiguous relationship that Jules Verne had with this country, which occupies a unique place in his life and his work. Despite appearances, Jules Verne is actually deeply knowledgeable about the history of Poland, a wise observer of the geopolitical situation of that country, as well as an advocate of the French-Polish friendship, in solidarity with the Polish people in their fight for independence.

Jules Verne et la Pologne

La Pologne est un des rares pays absents de l’œuvre de Jules Verne, qui embrasse et traverse pourtant presque tous les pays du globe. Cette absence est-elle le fait d’un simple oubli, d’un refoulement inconscient ou d’un rejet assumé ? En s’appuyant sur l’étude de la biographie, de l’œuvre romanesque et scientifique, et de la correspondance de Jules Verne, mais également sur le manuscrit d’un manifeste politique inédit composé par Jules Verne en 1848 lors du soulèvement de Grande-Pologne, Patrice Locmant éclaire la relation complexe et ambiguë que Jules Verne entretenait avec ce pays, qui occupe une place singulière dans sa vie et dans son œuvre. En dépit des apparences, Jules Verne se révèle être un fin connaisseur de l’histoire de la Pologne, un observateur avisé de la situation géopolitique de ce pays, ainsi qu’un promoteur de l’amitié franco-polonaise solidaire du peuple polonais dans sa lutte pour l’indépendance.


Dangerous portraits – Agentivity of demonic imagery during Middle Ages in medieval West and in 17th-18th century Russia

The article explores the sources of the History of priest Avraam, a Russian tale dated back to the early 18th century, as well as the function of demonic imagery in medieval mythology.

Les portraits dangereux. Agentivité des images du diable au Moyen Âge dans l’Occident médiéval et dans la Russie des XVIIe-XVIIIe siècles

L’article explore les sources de l’Histoire du prêtre Avraam, récit russe du début du xviiie siècle, et la fonction des images du diable dans l’imaginaire médiéval.

SMIRNOVA Victoria, POLO de BEAULIEU Marie-Anne

Preaching with Images in 17th- and 18th-Century Russia. A Case Study : The Woman Riding the Dragon

This paper invites us to reflect on the new configuration of Western exempla in the 17th-18th century Russia. The main focus is on the new didactic and rhetorical functions of exemplary stories depicted in the gallery of the St John the Baptist church in Tolčkovo (Jaroslavl), famous for its wall paintings. The article selects as a case-study a wall painting representing a sinful woman riding a dragon from hell. This story, originated from the Velikoe Zerсalo (Russian translation of the Polish Wielkie zwierciadło przykładów), enjoyed an enormous success. It was illustrated in many manuscripts (especially in the so-called Cvetniki of the Old Believers) and in lubki (both engraved and painted). The paper also questions the influence of the Jaroslavl wall painting on later iconographic traditions, and discusses the characteristics of the visual representation of an exemplary story in different media during that period.

Prêcher par l’image dans la Russie des xviie-xviiie siècles l’exemple de la femme au dragon

L’article offre une réflexion sur la reconfiguration des exempla occidentaux en Russie de la fin du XVIIe au début XVIIIe siècle, en se concentrant sur les nouvelles fonctions didactiques et rhétoriques qu’un récit exemplaire mis en image revêt dans la galerie de l’église Saint-Jean-Baptiste de Tolčkovo à Jaroslavl, réputée pour ses peintures murales. L’article choisit comme étude de cas la peinture murale représentant une femme-pécheresse chevauchant un dragon infernal. Cette histoire, provenant du Velikoe Zerсalo (la traduction du Wielkie zwierciadło przykładów polonais), a joui d’un immense succès, attesté dans de nombreux recueils didactiques enluminés (surtout dans les Cvetniki des vieux-croyants) ainsi que dans des lubki (gravés et dessinés). L’article s’interroge enfin sur l’influence de la peinture murale en question sur la tradition iconographique postérieure ainsi que sur les modalités de la mise en image d’un récit exemplaire dans différents media de l’époque.


Reflective of his true self ? Model and chronology of patriarch Theophanes of Jerusalem’s depictions

The article focuses on the original acts signed by Theophanes III, Patriarch of Jerusalem, during his stay in the Polish-Lithuanian state in 1620-1621. Two of these documents, privileges granted to the Orthodox brotherhoods of Sloutsk and Lviv, were decorated with the patriarch’s portraits. One of these portraits was probably inspired by the well-known etching by Kilian and in general by the German iconography of Eastern patriarchs. Furthermore, it is likely that the Lviv document mentions a date that precedes its actual redaction.

Tel qu’en lui-même ? Modèle et chronologie des représentations du patriarche Théophane de Jérusalem

L’article s’intéresse aux actes originaux signés par Théophane III, patriarche de Jérusalem, lors de son séjour dans l’État polonais-lituanien en 1620-1621. Deux de ces documents, des privilèges accordés aux confréries orthodoxes de Sloutsk et de Lviv, furent ornés de portraits du patriarche. Il est probable que l’un de ces portraits s’inspire de la célèbre gravure de Kilian et plus généralement de l’iconographie allemande des patriarches orientaux. Par ailleurs, il est probable que le document de Lviv mentionne une date antérieure à celle de sa rédaction effective.


Testimony of a royalist. Pushkin’ duel, from Alfred de Falloux’s perspective

This article focuses on the search for the origins of the information, true or false, related to Pushkin’s duel and death, which inspired the books of Alfred de Falloux and Alexandre Dumas.
Taking into account the numerous textual similarities between de Falloux and Dumas, the A. suggests that de Falloux’s Mémoires d’un royaliste is inspired by Dumas’ Voyage en Russie, a book fallen into oblivion at the time of publication of de Falloux’ Memoirs (1888). As far as Dumas’ testimony is concerned, it is most likely based on a specific source, the well-known letter that Zhukovskii adressed to the dead poet’s father. The A. argues that Dumas might have had in his possession a French translation of the letter, originally written in Russian.

Témoignage d’un royaliste. Le duel de Puškin, vu par Alfred de Falloux

Cet article a pour sujet principal la recherche de l’origine des informations, vraies ou fausses, concernant le duel et la mort de Puškin qui ont alimenté les livres d’Armand de Falloux et d’Alexandre Dumas.
Compte tenu du nombre considérable de convergences textuelles entre Falloux et Dumas, l’A. avance l’hypothèse de maints emprunts par Falloux au livre de Dumas, Voyage en Russie, tombé dans l’oubli au moment de la publication de Mémoires d’un royaliste (1888). Quant au témoignage de Dumas, il s’appuierait également sur une source précise, la célèbre lettre du poète Žukovskij, adressée au père du poète disparu. Selon l’A., Dumas aurait eu une traduction française de cette lettre, rédigée initialement en russe.


About the causes of the rapid diffusion of psychoanalysis in pre-revolutionary Russia

It is now widely accepted by scholars that psychoanalysis spread earlier in Russia than in Western Europe. What remains less known and little investigated are the causes of this phenomenon. This study offers an initial reflection on the possible motivations for the rapid spread of the Freudian discourse in Russian culture. In our opinion, there are two basic types of reasons : one is cultural, the other socio historical. The first is a reflection of the central part of literature in the Russian culture and the contiguity between literature and psychoanalysis ; the second relates to the socio-economic changes triggered by the Great Reforms of the nineteenth century, which set the stage for Freudian discourse.
Leveraging the literary centricity of Russian culture, psychoanalysis spreads its discourse through literature : it illustrates its theories and interprets initial clinical cases through the works of famous Russian writers. Furthermore, both literary and psychoanalytic languages share the linguistic structure and rhetoric of the Freudian discourse, which makes the Freudian discourse sound familiar to the Russian reader.
Furthermore, psychoanalysis offers an interpretation of the anxieties arising at the beginning of the XXth century, generated by the profound social changes from the great reforms and the arrival of modernity. Thus, it fundamentally provides new answers to the great problems created by modernity such as the autonomy of the individual person, the emancipation of women, and a different relationship to authority.

Les causes de la diffusion rapide de la psychanalyse dans la Russie prérévolutionnaire

Il est communément admis par les chercheurs que la psychanalyse a connu une diffusion plus rapide en Russie qu’en Occident. Les causes de ce phénomène sont moins connues et encore peu étudiées. Notre contribution se veut une première réflexion sur les raisons qui ont pu favoriser la pénétration rapide du discours freudien dans la culture russe. Selon nous, ces raisons sont de deux types : l’une culturelle, l’autre historique et sociale. La première tient au littératurocentrisme de la culture russe et à la contiguïté entre la littérature et la psychanalyse ; la seconde relève des changements socio-économiques que les grandes réformes du xixe siècle engendrent et qui préparent le terrain au discours freudien.
D’une part, s’appuyant sur la place prépondérante que la littérature occupe dans la culture russe, la psychanalyse propage son discours par le biais de la littérature : c’est en utilisant les travaux des grands écrivains russes qu’elle illustre ses théories et interprète des cas cliniques. De surcroît, les langages littéraire et psychanalytique partagent la rhétorique et la structure linguistique du discours freudien, ce qui rend ce dernier très proche du lecteur russe.
D’autre part, la psychanalyse interprète les angoisses du début du siècle, résultat des profonds changements sociaux que les grandes réformes et l’arrivée de la modernité entraînent. Elle apporte ainsi des réponses inédites aux grandes problématiques suscitées par la modernité : l’autonomie de l’individu, l’émancipation de la femme, un rapport différent à l’autorité.